‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 70 sur 236 · CHAPITRE XXI. tolome, nui sans contredit étoil un fort bon acteur · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI. tolome, nui sans contredit étoil un fort bon acteur

Nous ne songeâmes plus l'un et l'autre qu'à nous préparer à paroîlre sur la scène : ce qui ne laissoit pas d'ètre embarrassant pour nous, qui nous trouvions sans équipage, sans habits, sans linge; nous étions même si mal en espèces, qu’à peine avions-nous de quoi payer la chambre garnie oii nous étions logés. Nous aurions donc eu bien de la peine à nous mettre en état de débuter, si je n’eusse pas eu le diamant de don Gregorio; mais par bonheur je l’avois encore. Nous le vendîmes, et nous en donnâmes l’argent à-compte à des ouvriers, qui nous firent à chacun un habit de théâtre aussi riche que galant.

Le jour de notre début étant enfin venu, les comédiens, toujours prêts à saisir l’occasion de prendre le double, ne laissèrent point échapper celle-là. Ils nous annoncèrent avec éloge au publie dans une affiche, qui portoit que deux incomparables sujets, nouvellement arrivés à Grenade , paroîtroient dans le Phénix de t Allemagne, pièce de don Juan de Matos Fragoso, remise au théâtre. Le public, qui partout est avide de nouveautés, vint en foule à l'hôtel , et fut fort content de mon mari, qui joua le rôle de Ricardo. Pour moi, qui faisoisle personnage d'une musicienne au premier acte, je n’eus pas sitôt fait entendre ma voix, que la salle retentit du bruit des applaudissements de toute l’assemblée. Je fus encore mieux reçue au troisième acte, que je (inissois par une danse. Quels battements de mains! Quelle fureur! Je ne puis vous dire jusqu’à quel point je plus aux spectateurs, qui demeurèrent une heure entière après le spectacle à s’entretenir de mon mérite.

ï 12 LE BACHELIER DE SALAMANQUE.

Les uns disoient que je chantais mieux que je ne dansois; les autres mettaient mes pas au-dessus de ma voix; et ce qu’ils admiroicnt tous, c’étoit de me voir réunir deux talents qui se trouvent si rarement ensemble. Il y en eut aussi qui furent frappés de ma jeunesse et de ma figure, et parmi ceux-ci quelques-uns qui formèrent le dessein de s’attacher à moi.

A la seconde représentation que nous donnâmes de la même comédie, il y eut encore un fort grand monde; et, comme j’avois plus de confiance, je chantai et dansai mieux que la première fois. On ne parla plus dans la ville que de la nouvelle actrice. Avez-vous vu ce prodige? se disoit-on les uns aux autres. Les seigneurs grenadins commencèrent à rechercher mes bonnes grâces par des présents. Je recevois tous les matins à ma toilette quelques bijoux qu’on m'envoyoit sans m apprendre de quelle part. Tantôt c’étoit une montre d’or, et tantôt un collier de perles avec des boucles d’oreilles; une autre fois c’étoit une pièce d’étoffe riche, ou bien une corbeille remplie de gants, de dentelles, de bas de soie et de rubans.

Les seigneurs qui me faisoient ces petites galanteries sans se découvrir se déclarèrent bientôt, et se mirent à mes trousses. Ce fut alors à qui l’emporteroit sur les autres. Celui-ci me guettait pour me parler dans les coulisses en passant, et me dire quelque chose de batteur, celui-là m’ecrivoit tous les jours des billets doux, et vouloit filer avec moi le parfait amour, croyant sottement par là parvenir à ses fins; un autre enfin , s y prenant mieux, engageoit une vieille comédienne de ses amies à m inviter a souper chez elle , ou il ne man-

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