‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 87 sur 236 · CHAPITRE X V VI. i ;i · texte numérisé non relu

CHAPITRE X V VI. i ;i

tous deux! Je prends part à votre satisfaction mutuelle.

Ces discours ne firent que précéder une infinité de compliments qu'il me fallut essuyer, et auxquels je répondis sur le ton, comme on dit, de la forme compagnie, pour montrera ces messieurs que je n’étois pas embarrassé de ma contenance en pareille occasion. Aussi parurent-ils très contents des échantillons que je leur laissai von de mon esprit. Ils le furent encore davantage de quelques heureuses saillies qui m’échappèrent pendant le repas, et qu'ils relevèrent avec éloge.

Ces chevaliers, dont l'un se nommoitdon Denis Langaruto, et l’autre don Antoine Peleador, a voient des figures et des caractères bien différents. Don Denis étoit un grand corps sec, et don Antoine un gros petit homme trapu. Le premier, pour trancher de l'érudit, ne pari oit que des sciences; et le second, faisant le guerrier, nous fatiguoit de récits militaires, ('.'étoit à qui îles deux nous ennuieroit davantage. Aussitôt que 1 un avoit rapporté un passage d’auteur, l’autre, prenant, brusquement la parole, entamoit la relation d’un combat. Pendant ce temps-là don Manuel et la belle Jsménie se lançoient réciproquement des regards qui les consolident des discours fastidieux de ces deux convives, ou plutôt qui les sauvoient de l’ennui de les entendre. Pour ma sœur et moi , nous eûmes la politesse de n’en perdre pus un mot, et meme de paroitre y prendre beaucoup de plaisir.

Lu récompense, lorsque ces messieurs se furent retirés, je 11e les épargnai point. Si tous les cavaliers qui viennent chez vous, dis-je, à ma sœur, ne sont pas plus amusants que ceux-ci, je 11e crois pas qu’en quittant

vos hidalgos de Caralla, vous ayez gagne au change. Il est vrai, dit Francisca, que voilà deux mortels assommants; mais vous en verrez d autres dont vous sei ez plus satisfait. Cependant je le fus encore moins de deux commis des bureaux du duc de Lerme, qui soupèient au logis le jour suivant.

Ceux-ci, voulant qu’on eût autant de respect pour eux que pour des secrétaires d’état, affectaient une orgueilleuse gravité. Quand on leur eut dit que j étais frère de Basilisa, ils ne se répandirent point en éloges, ainsi que les chevaliers de Saint-Jacques, ils se contentèrent de m'honorer d'une simple inclination de tête, comme s’ils eussent été des conseillers du conseil de Castille. Quoiqu’ils fussent amoureux de nos dames, ils n'en paroissoient pas plus émus. Bien loin de leur tenu des discours galants, ils gardoient un superbe silence; ou s’ils le rompoient quelquefois, ce n 'était que par des monosyllabes.

Je m'iinaginois que du moins ils rabattroient île leui gravité quand ils seroient a table. Je les attendois la, pour les voir peu à peu changer de maintien , et se livrer au plaisir, comme font en pareil cas tous les graves personnages. Mais ni ma bonne humeur, ni les agaceries des dames, ne purent leur faire perdie leur morgue de bureau, ni leur arracher un souris. Je n ai jamais vu de gens qui m'aient tant déplu que ceux-là.

Aussi, dès qu’ils furent sortis, je fis de nouveaux reproches à ma sœur. Comment, lui dis-je, pouvezvous faire de si mauvaises connoissances , vous qui avez de l’esprit et du goût? Ces commis sont encore plus ennuyeux que vos chevaliers d’hier. En vérité , ma sœur.

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