‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 108 sur 215 · LIVRE I, CH AP. IL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CH AP. IL

droit et raison, font outrage aux. dames et aux chevaliers. Par-là nous donnerons un nouvel éclat a la renommée de nos ancêtres, et nous nous couvrirons d une gloire infinie, nous et notre postérité. C’est à ce coup, mon fds, que nous allons devenir riches a jamais. INous allons conquérir des royaumes pour nous et pour nos amis. Zeste, interrompit Sancho, c'est bien ainsi qu’011 les prend! Oh, s'il vous plaît. Monsieur, ne 111e mettez pas davantage en tête toutes ces belles ehev aleries. Vous m'aviez promis l'an passé de 111e faire roi ou gouverneur de quelque bon pays, ma femme amirale et mes enfants infants; mais oui! Je ne suis encore que Sancho Panca; et tous les gouvernements me fuient comme si j’avois la galle. JN'en parlons donc plus, seigneur Don Quichotte; demeurons en repos l’un et l’autre; que les coups soient pour les fous qui les cherchent. Les Languis, Dieu merci, m’ont si bien frotté les côtes, qu’elles 11e me démangent point du tout. Outre cela il m’en a coûté mon grisou, et, par ma foi, la mule morte, le médecin va à pied. Oh! Sancho, reprit Don Quichotte, nous ferons cette année- ci la profession avec plus de commodité que l’autre. Je t’acheterai un baudet qui sera plus grand (pic celui qu’on t’a volé. Mous porterons des provisions, de l'argent et du linge; car j’ai remarqué véritablement (pie ces précautions 11e sont pas inutiles. A ces condilions-îà, dit l'écuyer, et en me payant chaque mois le salaire de mes services, vous avez encore trouvé votre homme. Je veux bien retourner avec vous en chevalerie. Vous n’avez qu’à me donner de l’argent, je vais trouver tout à l’heure mon compère Thomas Ceciel, qui a un fort bel âne à vendre; et nous partirons

DON QUICHOTTE dès domain. J'aime à te voir cette impatience, répliqua Don Quichotte, et j’en conçois un heureux présage : mais, mon fils, cela ne saurait aller si vite. Il faut auparavant que je inc fasse des armes, car je ne sais ce que sont devenues les miennes. Il faut encore, afin que notre sortie se fasse sous un favorable auspice, que je t’envoie à l’infante Dulcinée, pour lui dire de ma part que je vais chercher de nouvelles aventures. Si cette fière ennemie de mon repos n’étoit pas la plus cruelle princesse de l’univers, j irais me présenter à ses regards, et offrir moi-même à ses beautés célestes toutes les entreprises héroïques que mon courage va tenter; mais, par une rigueur inouïe, elle ne veut pas que je jouisse de sa vue ravissante que je n’aie effacé , par d’innombrables exploits, les travaux des plus fameux chevaliers errants, et ceux d’Hercule même. C’est pourquoi, mon enfant, je suis d’avis que tu ailles dès aujourd'hui trouver cette adorable inhumaine. Peins-lui l'excès de mon amoureux tourment avec des couleurs si vives, que tu puisses exciter sa pitié. Enfin parle -lui de manière (pie ton récit la touche, et retiens bien tout ce qu’elle te dira pour me le redire ensuite mot pour mot. Oh! pour ce qui est de parler, dit Sanclio, je défierais un avocat de mieux s’en acquitter que moi. Je vous réponds bien de celui-là, et j'en fais les deniers bons. Je 11e suis seulement en peine que d’une chose, qui est de savoir ce que je lui dirai. Tu lui diras, reprit Don Quichotte, que son très humble esclave le chevalier de la Triste Figure est prêta s’exposer encore pour elle aux plus épouvantables périls; et qu’il conjure sa souveraine beauté de ne le pas abandonner lorsqu il l’in-

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