‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 124 sur 215 · LIVRE I, Cil A P. V · texte numérisé non relu

LIVRE I, Cil A P. V

aux joutes de Saragosse, et que j’y remporte le prix le plus considérable. Les enchanteurs en usent ainsi d’ordinaire, quand ds ne veulent pas se montrer aux chevaliers qu’ils favorisent. Ce fut de cette sorte, et par le ministère de l'infante Imperia que la sage lielonie lit tenir des armes à don Iîélianis, son favori, lorsqu’il eut reprit de combattre pour la duchesse d’Ispérie, que le grand kan de Tarlarie vouloit faire brider. Ne sois donc pas assez simple pour t'imaginer que ees armes soient à don Alvar. Elles n’appartiennent qu'à moi : et c’est un présent, le dis-je, que le sage Alquife m’a fait par ses mains. Puisque cela est, reprit Sanclio, voyons un peu ces armes; aussi bien la clef est-elle encore au coffre. En même temps Don Quichotte l’ouvrit, et en tira les armes. Lorsque l’écuyer les vit si claires et si polies, et partout enrichies de feuillages, de trophées, et d’autres gravures à la milanoise, il se figura qu’elles étaient de pur argent; et dans l’excès de son admiration il s’écria : Vive Dieu, seigneur Don Quichotte, ces belles armes ont été sans doute à celui qui fonda la tour de Bahvlone! si elles étaient à moi, je les taillerois toutes en beaux et luisans patagons, de ceux qui ont cours aujourd’hui. Eu disant cela il prit en ses mains le mot ion, et après l’avoir fort attentivement considéré, par la sacrée barbe à Pilate, continua-t-il, ce bonnet d’argent seroit propre pour un archidiacre! Et s'il avoit deux doigts de bord davantage, le roi même pourroit s'en servir. 11 faudra que monsieur le curé le porte à la procession du rosaire : avec ce capuchon et sa belle chappe de brocard, il reluira plus que le cadran de notre village. Par la mardi, je vais parier que ces

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armes-là valent à marché donné plus de soixante mille millions. Mais dites-moi , Monsieur, s’il vous plaît, qui est-ce qui les a faites? Est-ce le sage Esquife lui-meme? ou sont-elles venues au inonde ainsi toutes faites?Quelle simplicité! répondit Don Quichotte, le sage Alquife peut bien en être l’ouvrier, parce qu’effectivement elles ne sauraient avoir été faites que par un grand enchanteur : et, quand j’en examine le travail, je crois voir ces belles armes d’Achille qu’Homère dit que Vulcain, le forgeron des enfers, fit à la prière dcThétis. La peste le crève, interrompit Sancho, le maudit forgeron qui travaille dans la maison de Satan! J’irai dans sa forge lui faire racoinmoder le fer de ma charrue, oui qu’il s’y attende! Il faut demeurer d’accord, reprit Don Quichotte , sans faire attention à ce que disoit son écuyer, tant il étoit plein de ses propres idées, que voilà des armes admirables! Je veux, mon bis, les essayer tout à l’heure : aide-moi à les mettre. Par ma foi, disoit Sancho en attachant chaque pièce de l’armure, ces plaques d’argent me réjouissent la vue. Elles ressemblent à un capot luisant, làes gantelets lui plaisoient surtout. Il ne pouvoit se lasser de les admirer, et il disoit que, s'il en eut eu de semblables, i! aurait eu des gants pour toute sa vie. Don Quichotte se voyant enfin armé de pied en cap se sentit enfler d’orgueil; Hé bien! Sancho, dit-il, d’une voix plus haute qu’à l’ordinaire, que penses-tu de ces armes? N’ajoutent-elles pas un nouvel éclat à ma bonne mine? Crois-tu, dismoi, que le gentil don Séraphin d’Espagne, qu’on ne pouvoit voir sans admiration, eut aussi bon air que moi? En prononçant ccs mots, il se promenoit fièrement

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