CHAPITRE IV
Retour de Roland et do Brandimart a Albraque.
Le comte d’Angers brûloit d’impatience d’entretenir le roi de Circassie, pour lui demander des nouvelles d'Angélique, cl ne manqua pas de le questionner làdessus, dès qu'il le put faire avec bienséance. Le courtois Sacripant l'instruisit de tout, et ne lui cacha point la cause de son voyage vers le roi Gradasse. L’amoureux Roland fut saisi d’une douleur mortelle en apprenant le nouveau péril oii se trouvoit sa princesse. Il appréhenda d'avoir trop tardé à voler à son secours. Il prit aussitôt congé de Calidore , de Sacripant et d’Isolier, et poussa vers Albraque avec son ami Brandimart.
Ils eurent en peu de temps traversé le royaume d'Ürtus. Quand ils furent arrivés à Youlin, sur la frontière de cet état, ils laissèrent la Chine à main droite, et tournèrent vers le nord oriental , qui étoit le plus droit chemin du Cathay. Il ne leur arriva point d aventures sur la route; mais ce qui donna plus de joie à Roland que le succès de la plus haute entreprise, c’est que ce
26 ROLAND L’AMOUREIJX.
paladin, soutenant ce grand nom qui lui avoitété donné partout l'empire romain, d'être la colonne de la foi, eut le bonheur de convertir à la religion chrétienne son cher ami Brandimart. Il est vrai que Fleur-de-Lys, depuis sa propre conversion, l’y a voit déjà disposé par plusieurs conversations qu’elle a voit eues avec lui sur cette matière.
Les deux amis trouvèrent la ville d’Albraque alarmée par la terreur qu’y répandoit le bruit des préparatifs de guerre du fier Mandricart. Angélique surtout en étoit d’autant plus effrayée qu’elle ne comptoit plus sur Roland, qu'elle se repentoit d’avoir elle- même livré aux monstres de Falerine. Fille fut aussi ravie que surprise de revoir ce prince, dont elle espéra que le secours pourroit lui être utile. File lui fit un accueil très gracieux, et cet amant soumis lui rendit compte de I expédition dont elle l’a voit chargé. Il lui dit qu'il n’avoit pu délivrer des prisons de Falerine la princesse qu'il y etoit allé chercher. Il lui en allégua la raison. Etrange effet d’une passion impérieuse ! Il n’oublioit rien pour s’excuser auprès d'Angélique d’une chose dont elle auroit du plutôt se justifier elle-même. Aussi cette princesse ne put se défendre d’en avoir une secrète confusion; mais elle en rejeta la cause sur la violence de son amour pour Renaud. Le comte lui apprit encore que le fils d’Aymon l’avoit quitté à Elutli, pour s’eu retourner à la cour de Charlemagne avec Astolphe et Dudon. Il ne falloit plus ([ue ce rapport pour achever de déterminer la fille de Galafron à partir pour la France avec Roland.
Tout l’embarras de cette princesse consistait à trouver un prétexte plausible pour en faire la proposition au