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si prompt; que nous perdîmes, Arimm cl moi, (oui l'amour que nous avions l’un pour I autre. Nous nous trouvâmes embrasés tout d’un coup d une violente ardeur, lui pour Adamantin' , et moi pour l‘ loris; et notre passion devint si vive dès sa naissance, qu elle nous ôta toute autre envie que celle d être sans cesse attaches a considérer les images qui nous charmoient.
L’infortuné roi d'Ortusa fini son destin sur les bords de cette dangereuse fontaine, dans des langueurs continuelles; et je traîne en ce lieu, sans espoir de soulagement, une pénible vie, jusqu'à ce que la mort vienne la terminer. Le charme qui m’arrête ne me permettant pas de m’éloigner d’ici, j’ai fait bâtir ce château pour y faire ma demeure. Ensuite, déplorant le sort de tant de malheureux qui venoient se livrer tous les jours au charme la fontaine, je résolus d’en sauver ceux que le hasard ou la curiosité feroient passer sur ce pont. Dans le temps que je formois celte résolution, le généreux Isolier arriva. 11 s’approcha delà fontaine auprès de laquelle j’étois. 11 me salua; je m’informai du sujet de son voyage; et, dans notre entretien, je lui appris l’enchantement de la fontaine. Il me fit bientôt connoître que j’aurois peu de peine à l’empêcher de regarder dedans; d me parut touché de ma vue. Je voulus qu’il me promît de ne point porter ses regards sur l image d’Anaxnrette. Il me le jura, en me disant, avec plus de galanterie que de vérité, qu’il ne seroit nullement tenté de violer son serment, et qu’il ne pouvoit voir dans 1 onde enchantée rien de si beau que moi. De plus, j’ai engagé ce prince à défendre le pont, c’est-à-dire à ne laisser passer personne, sans l’obliger de force ou de gré à jurer qu’il ne
regardera point dans la fontaine. Il y a plus d’une année que ce prince espagnol garde ce passage à ma prière; et depuis ce temps-là aucun homme n’a grossi le nombre des amants malheureux d’Anaxarette. Isolier a vaincu par sa valeur tous ceux qui ont ref usé de faire le serment.
Seigneurs chevaliers, ajouta la dame lorsqu’elle eut achevé son récit, voilà l'histoire de la fontaine de la Roche; vous voyez que je vis tristement dans ce château. L’attachement du prince d’Espagne ne saurait me détacher de l’image du beau Floris ; et je vous avouerai que ma passion est si ardente, que je passe la plus grande partie du jour à repaître mes yeux de la fatale vue du jeune chasseur. La princesse Calidore se tut en cet endroit, se sentant connue suffoquée des larmes qu’elle répandoit en abondance, et des sanglots qui s'exhaloient de sa poitrine en pensant à ses malheurs. Les princes qui l’avoieut écoutée furent vivement touchés de son sort : Roland entre autres en étoit tout attendri. Il trouvoit quelque chose de si beau dans le caractère de la dame, qu’il crut devoir tâcher de la consoler. Madame, lui dit-il, vos peines, quelque cruelles qu’elles soient, peuvent recevoir du soulagement. Seigneur, répondit Calidore, la mort seule peut les finir. Je sais bien, reprit le paladin, que vous avez sujet de le penser; mais le ciel est trop juste pour n’avoir pas prescrit un terme à votre infortune. Il doit récompenser des intentions aussi louables que les vôtres. D’ailleurs , je ne parle point sans avoir quelque connoissance des choses qui peuvent vous procurer plus de tranquillité. J'en sais un moyen que je vous promets d’employer à mon