‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 168 sur 215 · LIVRE II, CH AP. III · texte numérisé non relu

LIVRE II, CH AP. III

Milan que je lui laissai eu garde à l’Argamesille. Puisqu d leur a fait l'honneur de les porter, nul chevalier au inonde à présent ne mérite de s'en voir revêtu. Qu il les retienne donc, à la gloire tic la chevalerie errante, et qu’elles soient désormais plus renommées que celles de Sainson que portoit autrefois le fameux roi Gradasse : comme elles sont un peu ternies par 1 ardeur du soleil, par la pluie, et encore plus par le sang de tant de monstres qu'il a tués, je les ferai polir tout de nouveau. Pour sa devise, il n’en faut pas d’autre que celle qu’il a fait peindre dans Àriza sur cet admirable bouclier qu il a apporté, et qui est un présent du sage Alquife, son grand ami. On ne l’a point encore vu à Saragosse, parce qu’il l’a fait couvrir d’un léger taffetas, à l’exemple du brillant boucher d’Atlant. Cette ingénieuse devise sera ici toute nouvelle, et fera connoître à tout le monde ce qu’on doit penser du grand chevalier Sans Amour. Don x41var ayant parlé de la sorte, ils convinrent tous que son avis étoit le meilleur; et Don Quichotte le trouva si bon, qu’il dit au Grenadin d’un air content : Vous avez raison, donTarfeyan, il faudra que je me tienne armé, parce qu’on voit souvent arriver dans ces sortes de fêtes d’outrageux géants, rois de quelque île étrangère, qui, suivant leur coutume, parlent contre la gloire du roi, et font d’arrogants défis aux chevaliers de la cour. Pour ce qui est de mes armes, mon cher Alvaro, vous êtes dans l’erreur, si vous croyez les avoir possédées. Jamais le sage Alquife n’a eu intention de les donner qu’à moi ; mais puisque par un mystère de sa profonde sagesse il a voulu se servir de vous pour me les faire tenir, je veux bien recevoir de votre main ce don pré-

cieux, comme s’il n’y avoit aucune part. Don Alvar et ses amis ne se lassoient point d’entendre les discours graves et sublimes du chevalier, qui faisoient avec les naïvetés de Sancho un contraste qui rendoit leur entretien fort divertissant.

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