CHAPITRE PREMIER
Des mauvaises nouvelles qu'apprit le roi Sacripant , cl de son départ d' A U) raque.
Le fameux Turpin, en eet endroit, retourne au roi Sacripant, et dit que ce prince, après avoir perdu son bon cheval Frontin,de la manière qu’on l’a raconté, alla retrouver Angélique, fort touche de la perte qu'il venoit de faire. Ce fut un nouveau sujet de chagrin pour lui, lorsqu’ayant rejoint cette princesse, il apprit qu’elle n’avoit plus sa bague, et que le même nain qui s’étoit rendu maître de son coursier l’avoit subtilement volée. Il fut pénétré de la vive affliction dont elle paroissoit saisie, et véritablement elle ne pou voit trop regretter un anneau si précieux. Pour surcroît de douleur, Galafron lui fit part d’une mauvaise nouvelle qu'il venoit de recevoir. Prince , lui dit-il , on me mande que Mandricart , fils d Agriean et son sucesseur à l’empire de fartarie, est dans le royaume d’Astracau; qu’il saccage les meilleures villes; qu il a tué de sa propre
Roland l’Amoureux, u
main le brave prince Lisca, votre frère, et qu'il a juré de venir mettre tons nies états en cendres, pour venger la mort de son père , qu il surpasse en force et en valeur.
Courageux Sacripant, continua -t- il, nos malheurs et nos intérêts sont communs. Vous savez que nous ne saurions résister l’un et l’autre à la puissance formidable de Mandricart. La seule ressource qui nous reste est d’implorer le secours du roi Gradasse. Ce grand monarque, qui a |omt à son vaste empire de la Serique soixante et douze royaumes, dont il a rendu les rois tributaires, est un des plus vaillants guerriers de l’univers. Son grand cœur ne cherche (pie la gloire; aussi le bruit de son nom est parvenu jusqu’aux extrémités de la terre. Il est depuis peu de retour de son expédition d’Occident, où il a vaincu les rois Marsille et Charlemagne. Il n’a pas encore lieenciésa nombreuse armée; et je ne doute pas qu’il ne la fît marcher à notre défense, s’il étoit instruit de l’embarras où nous sommes. Allez demander vous-même son assistance. Ajoutez ce nouveau service à ceux que vous nous avez rendus jusqu’ici, et soyez sur cpie ma fille et moi nous les reconnoîtrons.
Le roi de Circassie, à cette nouvelle, fut agité de divers mouvements. La mort de son frère Lisca l’excite à la vengeance; le besoin que sa princesse a de secours ne lui permet pas de l’abandonner à la fureur de ses ennemis. Il prit le parti de suivre l’avis de Galafron; il choisit le meilleur coursier des écuries de ce vieux roi, et partit pour la cour de Sericane. Comme il seproposoit de faire leplusdediligence qu’il pourrait, il évita toutes les aventures qui auroient pu l’arrêter;