‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 202 sur 215 · LIVRE III, CH A P. IV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CH A P. IV

condor 1 hermite. Ils commencèrent donc tous deux à haranguer Don Quichotte, et à tenter le grand œuvre de sa réduction. Ils le prirent par toute sorte d’endroits pour le dissuader de continuer sa chevalerie errante. Ils lui alléguèrent tout ce que la plus saine raison peut alléguer de plus convaincant. Prières, exemples, autorités, tout y (ut employé. Le curé alla meme jusqu à lui citer les canons de l’Eglise, et le frère Étienne lui rapporta les constitutions îles anciens anachorètes: mais toute leur éloquence fut inutile; car le chevalier, comme s ils 1 eussent exhorté à porter sa tète à couper au géant Rramarbas, se mit en colère contre eux, et regardant l’ecclesiastique d'un air méprisant: Allez, monsieur le curé, lui dit-il, mèlez-vousde vos prônes, et sachez que non-seulement il y a eu autrefois des chevaliers errants , mais qu'il y en a encore aujourd’hui, et qu’il y en aura jusqu a la fin des siècles, en dépit de tous les curés de villages qui sont au monde. Et vous, poursuivit - il en se tournant vers 1 hermite, frère Étienne, ou don Gregorio, ou de quelque autre nom qu’on puisse appeler un ravisseur de noues, apprenez que je sais mieux que vous si les livres de chevalerie contiennent des mensonges ou des vérités. Vos raisonnements sont ici superflus. Vous ne gagnerez rien sur mon esprit. Je ne suis pas si facile à séduire qu’une religieuse. Croyezmoi, au heu de vous embarrasser de choses qui ne vous regardent point, commencez dès ce moment cette rigoureuse pénitence que vous voulez faire, car vous en avez grand besoin. En achevant ces paroles, il ordonna a Sancho de brider Rossinante au plus vite, et, quelque chose qu'on lui pût dire, il partit sur-le-champ. Le

soldat, qui avoit jusque-là gardé une exacte neutralité, lut alors obligé de se déclarer, c’est-à-dire de fausser compagnie à Don Quichotte ou au frère Étienne. C’est pourquoi, prenant le parti le plus convenable à ses intérêts, il suivit le chevalier, aux dépens de qui il comptoit d’aller jusqu’à Siguenca.

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