‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 29 sur 215 · LIVRE V, CH AP. VIII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CH AP. VIII

affranchissons-nous , par son secours, de la tyrannie du prince.

1! est si naturel de chercher la fin de ses peines, (pie je me résolus sans scrupule à suivre le conseil de ma confidente, qu’Oristal appuya fortement. Aussitôt ce chevalier mit dans sa bouche la coquille que la fée lui avoit donnée, et tout à coup Febosile parut à nos yeux. Qu'v a-t-il , mes enfants?nous dit-elle. Grande nymphe, lui répondit Oristal, protégez rinnoeence, et délivrez d'un cruel esclavage une princesse toute charmante qu’opprime son barbare époux. Rien n’est plus juste, reprit la fée, et Doristelle sera bientôt satisfaite. Venez avec moi, princesse, ajouta-t-elle en me regardant; je vais vous conduire dans un lieu plus digne de vous posséder. Alors elle nous enleva tous trois et nous transporta dans son palais, qui est celui que nous venons de quitter. Lorsque j’y fus, je repris, pour ainsi dire, une nouvelle vie : les plaisirs d’un si beau jour, et plus encore la joie de me voir délivrée de la tyrannie d'un odieux époux , étoient un soulagement pour moi. Deux choses pourtant me donnoient quelque inquiétude; je craignois que Rentig ne découvrît mon asile, et ne m’y vînt enlever; mais Febosile me rassura, en me disant, qu’on ne pourrait me retirer de son palais que par un pouvoir magique plus fort que le sien. Ce qui m’inquiétoifc encore, c’étoit Cilinx, qui ne sortoit point de ma mémoire, malgré le peu d’apparence qu’il y avoit que je pusse jamais soulager ses feux.

Un jour je consultai la fée sur les intérêts de ma tendresse. La nymphe me conseilla de me retirer à Lousachan ; d informer le roi mon père de la manière

dont j avois etc traitée, et de le conjurer de rompre des nœuds que la nature elle-même désavouoit ; mais je lui représentai que ce conseil étoit dangereux à suivre; que dans la liaison où vivoit mon père avec le roi de Nayada, il étoit à craindre qu’il ne me remît lui-même entre les mains de Rentig. lié bien, reprit la fée, envoyez donc Oristal et Filatée secrètement à la cour de Doliston ; qu'ils y observent bien ce qui s’y passe; et \ous vous réglerez sur le rapport qu'ils vous en feront, .l’approuvai l’avis de Febosile. Ma confidente partit pour Lousachan avec son chevalier, après avoir reçu une ample instruction que la nymphe elle-même voulut bien leur donner. Mais pendant qu’ils songeoient à s’acquitter de cette importante commission, le sort ennemi rompit toutes nos mesures.

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