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jusqu'à nous. Alors nous avons paru devant le roi, et, par le rapport que nous lui avons lait de I état où nous vous avions laissée au palais de Kebosile, nous avons augmenté sa peine. L’officier du roi de Mugal est arrivé dans ce moment-là, et lui a exposé les ollres tic son maître. Doliston, ravi de trouver l’occasion de se raccommoder avec les princes de Mugal, et d’apprendre que vous êtes dans leur camp, m’a chargée de vous dire de sa part de hâter le plaisir qu'il se fait de vous voir, et de prier les princes Varamis et Cilinx de venir honorer sa cour de leur présence.
Le roi de Mugal , impatient de procurer le bonheur de son frère, donna ses ordres pour aller sur-le-champ à la ville avec toute cette nohle compagnie. Doliston, averti de leur marche, vint au-devant d’eux; Varamis et lui s'embrassèrent; ils se promirent une constante amitié. Le roi de Lousachan offrit la princesse sa fille à Cilinx, qui se jeta plein de reconnoissance aux pieds de ce monarque, pour le remercier d’une si grande faveur. Après cela, Doristelle présenta son libérateur et la charmante Fleur-de-Lys à son père, qui les conduisit avec les princes de Mugal dans son palais, où il leur donna les plus galantes fêtes. Au milieu de tous ces plaisirs, Doristelle se souvint du brigand qu'ils avoient amené avec eux, et qui devoit déclarer au roi Doliston un secret important. Elle le fît venir au palais, il avoit plus l'air d’un homme repentant que d'un malheureux endurci dans le crime. Quand il fut devant Doliston , il lui parla dans ces termes : Seigneur, vous voyez un homme noirci de mille forfaits; je suis ce fameux Fugiforque qui fut autrefois la terreur de vos
campagnes et de vos bois. De tous mes crimes, celui dont le repentir agite le plus mon cœur, est l’offense que j ai faite à votre majesté. C’est moi qui, ébloui des pierreries dont la princesse Amatbirse, votre fille, étoit parée, vous l’ai ravie dans son enfance.... Et qu’en astu fait, malheureux? reprit impatiemment le roi. Seigneur, repartit Fugiforque, l’avidité du gain me la fit vendre au comte de la Roche- Sauvage ; et j’ai su depuis qu’elle a été élevée dans son château sous le nom de Fleur-de-Lys, au défaut de son véritable nom, qu’on ignoroit.
L’amoureux Brandimart fut transporté de joie à ces paroles du voleur; il prit par la main sa dame, et se jetant avec elle aux genoux de Doliston : La voici , seigneur, dit-il à ce prince, la voici cette adorable princesse. Eh! quelle autre qu elle pourroit avoir l'honneur d’être votre fille ? Ah ! je n'ai pas de peine à vous croire , s’écria le roi avec des mouvements de joie qui se lisoient dans ses yeux. Oui , noble guerrier, mon cœur me parle pour elle, et m’en assure assez. C’est elle-même sans doute, reprit le chevalier; c’est cette charmante Fleurde-Lys avec qui j’ai été élevé par le comte de la Roche- Sauvage dans son château. Je ne veux point d’autre témoignage que le vôtre, interrompit Doliston, et je reçois de vos mains volontiers cette princesse. Alors ce monarque embrassa tendrement sa fille, qu’il tint dans ses bras jusqu’à ce que la reine Philantie, qui étoit présente , vînt l’en retirer pour la recevoir dans les siens : Ma chère Amathirse, lui dit-elle en la baisant avec tous les transports d’une tendre mère, que n’ai -je point souffert depuis que le cruel Fugiforque te ravit à mon amour?
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fleur- de-Lys étoit si saisie de joie et de sensibilité, (ju’elle ne put répondre que par des soupirs.
Toute la cour de Lousaclian prit tant de part à celte heureuse reconnoissance, que le bruit en fut bientôt répandu dans la ville. Le peuple voulut voir sa princesse, et les fêtes redoublèrent partout.
Un jour, pendant que tous les princes étoient occupés d'un divertissement que Doliston avoit fait préparer, un vieux chevalier d’un air vénérable se fit présenter au roi de Mugal. Il se prosterna devant ce prince, et lui dit ces paroles : Seigneur, la joie que je vois régner dans votre famille royale et dans toute cette cour me donne l’assurance d’implorer votre protection auprès du roi Monodant, votre beau-père; mais avant que votre majesté s’engage à me la promettre, je suis prêt à lui dire le sujet qui m'oblige à la demander, si vous m’en donnez la permission. Varamis la lui accorda par un signe de tête. Aussitôt le vieillard continua de parler de cette sorte :
Histoire de Dimar.
Mon nom est Dimar; je suis né à Eluth ; j’ai été un des principaux officiers du roi Monodant, et je puis dire sans orgueil que dans ma jeunesse je lui ai rendu de grands services dans ses armées. J’étois amoureux d'une dame du palais : elle répondit à mon amour; mais Siànor, favori du roi, s’étant déclaré mon rival , le père d’Argénie , c’est ainsi que ma maîtresse se nommoit, esclave du crédit et de l’ambition, foible ordinaire des vieux courtisans, lui donna la préférence sur
moi. Il est vrai qu’il ne trouva point sa fille disposée à lui obéir, et qu’il (ut obligé d’employer toute l’autorité qu il avoit sur elle pour l’y contraindre. La rigueur de ce procédé excita une querelle d’éclat entre Sianor et moi. Monodant en fut instruit; et, sous peine de sa colère, il me défendit de troubler mon rival dans sa recherche. Un amant au désespoir ne suit point d’autres lois que celles de son amour : j’attaquai Sianor, malgré la défense du roi, et le blessai dangereusement. Monodant, qui l’aimoit , craignant pour sa vie, et d’ailleurs irrité du mépris que j’avois fait de son autorité, m’ôta mes emplois et mes biens, me chassa de sa cour, et fit lui-même le mariage d’Argénie avec mon rival, encore convalescent. Outré de cet hymen, qui me fut plus sensible que la perte de mes biens, et que l’oubli de mes services, je ne songeai plus qu’à me venger. Je me rendis chef des coureurs tartares qui ravageoient les provinces voisines de leur habitation ; j’en rassemblai mille ou douze cents, et fis avec eux une irruption dans la ville d’Eluth; j’y entrai par surprise; je saccageai, je pillai partout; et, pour faire plus de peine au roi Monodant , j’enlevai son fils, le prince Bramador, qui étoit encore au berceau.
Comme je ne pou vois élever moi-même cet enfant, à cause du genre de vie que j’avois embrassé, je le confiai au comte de la Roche-Sauvage, sous le nom de Brandimart, que je lui donnai pour déguiser le sien. J’ai su depuis que ce jeune prince est devenu un grand guerrier; et, charmé des belles qualités dont on m’a dit qu’il étoit doué, pressé d’ailleurs par les remords qu’excite en moi la vie criminelle que j’ai menée, j’ai
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résolu de m'aller jeler aux. pieds du roi d'Elulh, pour lui avouer mon crime, et subir tous les châtiments cj 11 il voudra m'imposer.
Pendant (pie ce vieux chevalier laisoil ce récit, il 11'est pas concevable avec quelle attention toute 1 assemblée l’écoutoit. Il n'y avoit personne qui 11c prît intérêt à la reconnoissance du prince d Eluth. Aussi I on voyoït éclater la joie dans les yeux de toute l’assistance. Flcurde-Lys et Brandimart, comme les plus intéressés, ne pouvoient contenir les mouvements dont leurs cœurs étoient agités. Lorsque Dimar eut cessé de parler, le roi de Mugal, ravi de ce ({il il venoit d’apprendre, 11e put s'empêcher d’embrasser ce chevalier. Mon cher Dimar, lui dit-il, si le roi Monodant étoit assez dur pour 11’être pas sensible à la joie que vous lui préparez, je renoncerais à son amitié, malgré l'honneur que j’ai d’être son gendre. Et moi , qui ai celui d’être sa tille , dit alors la reine Leodile au chevalier, je vous promets de ne rien épargner auprès de lui pour vous faire accorder des récompenses au lieu des châtiments que nous en attendez.
Dimar reçut avec respect des offres si obligeantes, et à peine achevoit-il d’exprimer les sentiments de sa reconnoissance, que Brandimart et Fleur-de-Lys vinrent , par les embrassements qu’ils lui prodiguèrent avec vivacité, lui fournir une nouvelle matière de se répandre en discours reconnoissants. Les deux rois témoignèrent au (ils du roi d’Eluth la joie qu'ils avoient de cet heureux événement; et Doliston surtout, qui regardoit Brandimart comme son (ils, le pressoit entre ses bras avec une extrême tendresse. Enfin, pour rendre
encore plus célèbre ce jour fortuné, le mariage des deux princes, Brandimart et Cilinx, avec les deux charmantes sœurs, fut fait avec toute la pompe possible. Huit jours se passèrent dans les réjouissances publiques ; après quoi le prince d'Élutb supplia le roi de Lousaclian de lui permettre d’aller, avec la princesse son épouse, trouver Monodant, pour l’instruire de tout ce qui s’étoit passé : Doliston y consentit. Le roi et la reine de Mugal s’offrirent à les accompagner, se faisant un plaisir d'ètre présents à la reconnoissance du prince d’Elutb. L’envie de rejoindre Roland avoit beaucoup de part à l’impatience que Brandimart avoit de se rendre à la cour de son père : il ne pou voit oublier ce paladin dans le plus vif ressentiment de son bonheur, tant un cœur généreux est fidèle à ses engagements.
Le jour du départ de ces princes arrivé, leroideMugal congédia son armée, qu’il renvoya dans ses états, et retint seulement ses principaux courtisans pour le suivre à Éluth; après quoi il partit avec Brandimart et les princesses leurs femmes, laissant Doliston et Philantie fort affligés de leur départ. Heureusement le prince Cilinx et Doristelle ne furent point du voyage. Ils restèrent à Lousachan pour consoler le roi et la reine de la perte qu’ils venoient de faire.