‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 38 sur 215 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

De V arrivée de Varamis et de Brandimart h Éluth ; déco qui s'y passa, lorsque Monodant eut reconnu son fils Bramador ; et des réjouissances qui s'y firent.

On ne savoit rien encore à la cour d’Eluth de toul ce qui s'étoit passé à celle de Doliston ; le siège de Lousaclian étoit la seule chose qu'on n'y avoit pu ignorer. Monodant, inquiet du succès de cette entreprise, dont il ne savoit pas la cause, se préparoit à envoyer au roi de Mugal , son gendre, un corps d'armée , pour l’aider à réussir dans les desseins qu'il pouvoit avoir, lorsqu'il le vit arriver avec son illustre compagnie. La joie fut réciproque de part et d’autre; mais, si elle fut grande d'abord, elle le devint bien davantage, quand le roi d’Eluth, le prince Ziliant, le comte d’Angers et Angélique furent éclaircis de tout. Rien n’est égal au ravissement que ces princes firent éclater. Monodant embrassa Dimar avec transport , et lui dit : Si je vous ai fait d es injustices, vous vous en êtes bien vengé par les chagrins que vous m’avez causés. Quel fils, hélas! vous m’aviez enlevé ! Mais aussi que vous me le rendez parfait! Un service si considérable efface tout mon ressentiment. Je vous donne même auprès de moi la place qu’y occupoit autrefois Sianor, peut-être moins dignement que vous. Dimar étoit si charmé d’entendre ce discours de la bouche de son roi, qu’il se contentoit

7 l 110LAND L’AMOUREUX,

d’embrasser ses genoux, ne pouvant proférer une parole.

Le vaillant Brandimart n’eut pas seul tous les embrassements du roi son père, il eut à les partager avec Dimar, et surtout avec Fleur-de-Lys, que le l>on roi ne pouvoit se lasser d’admirer. Il disoit au milieu des transports qu'il ressentoit d’avoir une belle-fille si parfaite, (pie la seule Angélique dans l’univers la surpassoit en beauté. Le prince Ziliant, ravi de retrouver sou frère dans un chevalier à qui déjà il avoit voué une éternelle amitié, le pressoit tendrement entre ses bras, et lui disoit : Venez m’enlever une couronne que vous méritez mieux que moi. Je n’en serai point jaloux; et je me ferai gloire de montrera tous vos sujets l’exemple d’une fidélité inébranlable. Aimable prince, lui répondit Brandimart en lui rendant caresses pour caresses, je partagerai toujours ma fortune avec vous; mais vous avez dans la personne de votre charmante fee de quoi vous consoler de toutes les couronnes du monde.

Dans les premiers transports de joie, que toute la maison royale d’Élutli avoit fait paroître à la reconnoissance de son nouveau prince , les deux parfaits amis et leurs dames n’avoient pu trouver encore le moment de s’embrasser; mais, dès que l’occasion s’en présenta, ils s’accordèrent, cette satisfaction. Ils se racontèrent de part et d’autre leurs aventures depuis leur dernière séparation. 11 y a déjà long-temps, dit Roland à Brandimart, que je suis à Éluth. Quelque impatience que j’aie de courir au secours de mon empereur, je n’ai pu me résoudre à partir sans vous. Je n’ai pas pourtant , ajouta-t-il, voulu demeurer ici dans l’oisiveté. J’ai laissé

Page 1