LIVRE V, C II AP XIII
le duc Naiinc les aüaqueroil par-devant. L'orgueilleux roi d’Alger sourit d'un ris moqueur à leur approche; il méprisoit des ennemis qu’il avoit déjà vaincus; mais il ne savoit pas que dans la personne d un seul chevalier de cette armée il trouveroit un obstacle capable de l’arrêter.
L’armée lombarde arriva donc dans le temps que celle de France ne se défendoit plus. Tout y étoit en fuite; et, pour surcroît de malheur, le grand fleuve du Pô, qu’ils avoient à leur dos, leur ôtoit tout moyen de se mettre en sûreté. Sitôt que les François aperçurent les troupes qui venoient à leur secours, ils firent un grand tour pour aller se réfugier derrière elles. Ils eurent à peine joint cette armée, qu’ils l’entendirent retentir du nom fameux de Renaud de Montauban. Cet agréable son frappant leurs oreilles, leur fit juger que le fils d’Ay mon y venoit d’arriver; il n’en fallut pas davantage pour dissiper leur effroi, et les faire retourner au combat avec les Lombards.
Le seigneur de Montauban étoit en effet dans far niée lombarde avec le brave fils d’Ogier le Danois. Après avoir perdu le prince Astolphe, ils avoient continué leur chemin jusqu’à la ville d’Astracan, oùDudon s’étant pourvu d’un autre cheval , ils avoient traversé la Circassie et les Tartares Nogais, d’où ils étoient entrés dans la Moldavie. De là s’étant rendus à Belgrade, où étoit alors le roi d’Hongrie avec le prince Ottacier, son fils, ils y avoient fait quelque séjour; puis, passant par la Bosnie et par la Croatie, accompagnés d’ütlacier, qui, par inclination pour Renaud, étoit parti avec eux, sous la permission de son père Philippe, ils avoient Roland l’Amoureux, n. f>
enfin gagne les frontières de l’Italie , où ils avoient appris les succès de Rodomont. Sur cette nouvelle, ils s’étoient hâtés de joindre le roi Didier, pour tenter avec lui le sort d’une bataille.
La réputation de Renaud et le bruit de sa valeur étoient répandus par toute la terre; le roi lombard fut ravi de le revoir; et, pour lui faire plus d’honneur, il
lui donna la conduite de son année. Il reçut aussi fort
obligeamment Dudon, tant à cause de son mérite personnel , qu’à cause du bon Danois, son père, qui étoit son ami.