‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 63 sur 215 · R 0 L A N 1) V A M O U II K U X · texte numérisé non relu

R 0 L A N 1) V A M O U II K U X

d'aller faire un tour à Grenade, où j’ai fortement aimé une princesse qu’on nomme Doralice, et qui est fille du roi Stordillan.

Rodomont, plein de colère, interrompit en cet endroit le chevalier, et lui dit : Ne m’en parle pas davantage; songe à le défendre; c'est ton malheur qui t'a conduit ici. Je ne veux ni ne puis souffrir qu’un autre que moi aime Doralice, et je vais.... Modère cet emportement, interrompit à son tour Ferragus; car c’étoil en effet lui- meme. Il avoit appris à Metz, oii il avoit passé, qu’on y avoit vu une dame d’une incomparable beauté; et sur le portrait qu'il s’en étoit fait faire, il n’avoit pas douté que ce ne fût la sœur d’Argail. Il étoit venu en diligence aux Ardennes, dont il avoit su qu’elle avoit pris la route. Modère cet emportement, dit- il à Rodomont; il sied mal aux grands hommes comme toi d’être si colères. Puisque tu veux combattre, tu auras cette satisfaction. J’ai aimé Doralice, et l’amour que je lui portois a fait place à un autre; mais, pour punir ton arrogance, je veux l’aimer encore.

C’est ainsi que ces deux fiers chevaliers engagèrent un combat. Ils avoient de fortes lances. Ils les mirent en arrêt après s’être éloignés pour prendre du champ, et ils firent un horrible bruit en se rencontrant. Les lances se brisèrent jusqu’à la poignée; les chevaux se heurtèrent de leur poitrail , et renversèrent en tombant leurs maîtres, qui, bien qu’étourdis de leur chute, furent bientôt sur pied, pour commencer, le fer en main, une autre sorte de combat. Ils se portèrent des coups furieux; et, tels que des forgerons qui battent sur l’enclume, ils ne cessèrent de se frapper. Quand

Page 1