CHAPITRE VII
Comment le combat de F erra" us et de Rodoniont f[it. interrompu. Bataille de Charlemagne et du roi Marsille.
Tandis que ces deux grands guerriers se battoienl avec tant d'ardeur, il passa près d’eux un courrier qui s'arrêta un moment pour les considérer. Etonné de leur force prodigieuse et de leur courage, il leur tint ce discours : Seigneurs chevaliers, si vous êtes de la cour de l'empereur, je vous annonce de tristes nouvelles. Le roi Marsille, avec toutes les troupes d’Espagne, a mis en déroute le duc Avmon qui est enfermé avec deux de ses fils dans Montauban. Alard est prisonnier des Sarrasins, aussi bien qu’Y von et Angclier, et le pays d’alentour est ruiné; c’est de quoi je vais informer l'empereur de la part du duc mon maître. Si la patrie vous est chère, volez à son secours, au heu d’employer ici à vous détruire l’extrême valeur dont vous êtes doués.
Le courrier, après avoir ainsi parlé , poussa son cheval le long de la route, et s’éloigna des combattants, qui s’arrêtèrent après son départ. Le zèle, dit en riant Rodomont, que cet homme a pour son pays est louable; mais nous ne sommes pas disposés à voler au secours
de l’empire romain; au contraire, si vous m’en croyez, nous finirons notre combat, et nous irons vers Montauban nous joindre aux ennemis de Charlemagne; aussi bien j’espère que je pourrai trouver là le paladin Renaud. Vous me provenez, répondit Ferragus; j’allois vous prier de m’accompagner jusqu’à Montauban, qu’assiège le roi Marsille mon père. Je suis obligé de lui aller offrir mes services, et de combattre pour mon pays; venez avec moi, brave guerrier, et je vous jure que je ne vous troublerai plus dans la recherche que vous ferez de la belle Doralice de Grenade
Le roi d’Alger, qui n’avoit que trop éprouvé la valeur de Ferragus, accepta le parti avec joie, 11 embrassa même ce prince, et ils se jurèrent tous deux une éternelle amitié; en effet ils furent toujours unis depuis d’une affection parfaite. Après cet accord, ils prirent ensemble la route de Montauban. Quoique Charlemagne fut parti avec eux pour s’y rendre, comme il s’étoit détourné du droit chemin pour aller prendre en Touraine et en Poitou un corps de troupes considérable qu’il destinoit à renforcer son armée, qui d ailleurs ne pouvoit faire autant de diligence que deux chevaliers bien montés, Ferragus et Rodomont arrivèrent au camp des Espagnols, que les François en étoient encore éloignés de trente lieues.
Les deux nouveaux guerriers allèrent descendre au quartier du roi Marsille, dont iis trouvèrent le pavillon rempli de rois, de barons et de chevaliers, qui s’ouvrirent à leur approche pour les laisser passer; Marsille, qui mettoit toute sa confiance en la valeur de son fils, eut beaucoup de joie de le revoir, et il ne manqua pas