‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 69 sur 215 · LIVRE VI, CH AP. VIII. l 'MJ · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CH AP. VIII. l 'MJ

m'annoncer celte nouvelle? Comment tarder, interrompit brusquement Hugues; vive Dieu! je suis venu à perte d'haleine te trouver. Pourquoi t’amuses-tu à frapper l'air de plaintes vaines, quand il faut agir? Eh! cours toi-même au secours de Charles, si tu veuv prévenir Roland. Tu as un si bon cheval, qu’il n'est pas impossible (pic tu arrives avant lui. Renaud sentit la justice de ce reproche; il poussa Rayard dans le moment, et fut assez heureux pour prendre le plus court chemin. Le coursier sans pareil renverse et fracasse tout; il vole plutôt qu il ne court ; il semble qu’il soit dans une plaine; ses pieds, plus durs que l’airain, brisent mille têtes en passant. Parmi ceux qu'il porta par terre, étoit un aumônier de l'archevêque Turpin, qui étoit plus gros que sa mule n’étoit grasse, et (pie son maître obligeoil à le suivre dans les combats, quoiqu'il lût plus propre à chanter au lutrin qu’à batailler.

Le seigneur de Montauban trouva l’empereur environné de princes et de guerriers sarrasins, qui tâchoient de l’accabler. Le monarque se défendoit encore avec beaucoup de courage; mais bien qu’Ogier et Richard fissent devant lui un rempart de leurs corps, ils étoient si épuisés de forces par les blessures qu'ils avoient reçues, qu ils alloient bientôt succomber avec le prince aux efforts de tant d’ennemis. Renaud tomba comme un foudre sur ceux qui pressoient le plus son maître; il fendit l’estomac au fort Parlhan, comte de Cordoue, et coupa par le milieu Ralivorne, le gros Sarrasin, qui voulurent s’opposer à son passage. Ensuite poussant Rayard sur Grifalde, Dardiucl, Mirabaldc, Galciot et Malabo 1er, il les renversa ou écarta tous l’un après

Roland l'Amoureux, n.

i3o ÜOLAND L’AMOUREUX,

l’autre. Ce merveilleux coursier fit cet exploit, sans que son maître y employât Flamberge, et mérita presque lui seul la gloire d’avoir sauvé la vie à Charles et à Ogier, qui ne pouvoient presque plus se défendre. Le fils d’Aymon les remonta l’un et l’autre sur les meilleurs chevaux qu’il trouva sous sa main.

Aussitôt que Charlemagne reparut à cheval, et que l’on vit Renaud monté sur Bayard, tous les François reprirent courage et se rassemblèrent autour d’eux. Il en étoit temps, car le redoutable Ferragus, qui s’étoit éloigné de cet endroit après avoir culbuté l’empereur, y revint suivi de son jeune frère Folicon; il reconnut avec joie le guerrier qu’il avoit combattu, et qu’il souhaitoit si fort de vaincre. Ils recommencèrent leur combat. Comme ils étoient aux mains, Roland arriva; il fut saisi de tristessse lorsqu’il aperçut Charles à cheval, et le fils d’Aymon aux prises avec Ferragus. Hélas! s’écria-t-il, Renaud m’a prévenu. Ah! perfide Baudouin, l’avis que tu m’as donné trop tard me perd auprès de l’empereur, et détruit toutes les espérances de mon amour. Maudite nation sarrasine, ajouta-t-il, tu vas porter la peine de mon malheur : je vais exercer sur toi ma vengeance. Alors, transporté de fureur, il se jeta sur les infidèles. INul d’entre eux n’osoit l’attendre dans la rage qui le possédoit; cependant aucun ne le pou voit éviter, par l’obstacle que le grand nombre meltoit à leur fuite. Tous ses coups étoient autant de coups mortels; il faisoit sentir vivement ses éperons à Bridedor, qu’il accabloit de reproches et d’injures comme la cause de son infortune.

Les plus considérables des Sarrasins qui tombèrent

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