‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 68 sur 215 · LIVRE VI, CIIAP. VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CIIAP. VIII

main. Rodomont, après avoir porté une infinité de coups mortels, levant en l'air la foudroyante épée (le Nembrod, la déchargea sur Rambaud , duc d’Anvers, et le fendit en deux. Il coupa d un revers le comte d’Auvergne par le milieu du corps, perça d'outre en outre de deux coups de pointe Hugues de Cologne et Lisard d’Amiens, et blessa grièvement le bon vieillard Rainier de Rane , père du marquis Olivier.

Ferragus ne faisoit pas de moindres exploits : il venoit de mettre hors de combat trois barons de la cour de Charles, Lorsque Ansalde, seigneur de Nuremberg , eut l'audace de l'attaquer : le Sarrasin lui coupa la tête, et du même coup abattit celle de Manilard , roi de la Noricie, qui combattoit à ses cotés sous les drapeaux d’Acramant. Le redoutable fils de Marsille blessa ensuite le comte Raimond de Toulouse au coté, fendit l'estomac à Thébalde, duc de Bourbon, et renversa Canes de Poitiers aux pieds mêmes de Charlemagne. Ganelon en fut quitte pour une blessure; et si le démon conserva ce traître, c’est qu’il vouloit s’en servir pour procurer à la France les malheurs dont elle fut affligée depuis.

L’empereur, qui n’avoit alors auprès de lui ni Roland, ni Renaud, ni Olivier, parce qu’ils combattoient ailleurs, dit en regardant le ciel : O seigneur! si vous avez résolu que je périsse ici, faites que je meure les armes à la main, et ne permettez pas que je tombe au pouvoir de mes ennemis. En achevant ces mots, il embrassa son écu, coucha sa lance contre Ferragus, et le frappa si rudement, qu il le fit chanceler; mais le prince sarrasin se raffermit, et, plein décoléré, déchargea un

iaS noi.ANn L’amoureux.

si furieux coup d’épée sur son casque, qu’il jeta le magnanime empereur tout étourdi par terre, où sans Richard de Normandie, sans le Danois et l’archevêque Turpin, qui arrivèrent par hasard en cet endroit, le bon Charles auroit été écrasé sous les pieds des chevaux.

Baudouin , brave chevalier quoique Mayençois, louché du péril où il vovoit son maître, partit à 1 heure même pour aller avertir le comte d’Angers de ce triste accident; et Hugues de Dordonne courut chercher Renaud dans le même dessein. Baudouin rencontra Roland qui venoit de mettre à mort Balgurand, les rois Buvard, Languirand, Doricond, Balivorne, et le vieil Urgin, esclave de l’enfer. Le comte, dès qu’il sut l’état où se trouvoit l’empereur, rougit de honte et devint furieux; il poussa Bridedor du coté de Charles. Malheur à ceux qui ne se rangent pas assez tôt pour le laisser passer; il ne distingue pas les chrétiens des Sarrasins dans les mouvements qui le possèdent. Hugues de Dordonne joignit presque dans le même temps le fils d’Ayinon, qui étoit couvert du sang des rois Prusion, Agricalte, Dorilon, Brandirague, et de plusieurs autres guerriers africains; il lui raconta, les larmes aux yeux, le malheur de Charlemagne; Baudouin, ajouta-t-il, est allé annoncer cette nouvelle à Roland.

Renaud fut saisi de douleur à ce rapport. Hélas! misérable que je suis, s’écria-t-il, j’abandonne mon empereur, qui perd la vie par ma négligence; ou si le bonheur veut qu’il échappe d’un si grand péril, c’est au comte d’Angers qu’il en aura toute l’obligation. L’adorable Angélique est perdue pour moi. Ah! Hugues, continua-t-il dans son transport, devois-tu tant tarder à

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