CHAPITRE IX
Quelle fut la fin de la bataille.
A l’arrivée du roi d’Alger, de Grandonio et de Serpentin, les Africains s'ouvrirent pour les laisser passer jusqu’à Roland, qui en vint aux mains avec Rodomont, aussitôt qu’il l’aperçut. Serpentin s'attacha au bon Danois, et le géant Grandonio courut avec ardeur attaquer le marquis Olivier, à qui il en vouloit depuis long-temps.
Pendant que ces six guerriers fameux se combattoient avec fureur, le roi Agramant, à la tète du gros de son armée, laisoit d’étranges ravages parmi les chrétiens. Il étoit suivi des plus braves de sa cour, de Pinadore, de Constantine, du courageux vieillard Sobrin, d'Argosle, de Marinonde, son grand amiral, l'un des plus grands guerriers de l’Afrique, de Martazin, son favori,
qu’il avoit fait roi des Garamantes après la mort du vieil astrologue, de Bucifar, successeur de Bardulaste; enfin les rois Danifort , Barigan, Mordant et plusieurs autres qui avoient juré la ruine de l’empire romain, accompagnoient leur grand monarque; mais surtout on voyoit briller à son côté le jeune Roger, qui , monté sur le bon Front in, et tenant en main Balisarde, détruisoit lui seul plus de guerriers françois que tous les autres Africains ensemble.
Les chrétiens, qui faisoient fuir auparavant leurs ennemis, ne purent résister à tant de braves princes, contre qui, pour se maintenir, ils auroient eu besoin de plusieurs Rolands. Ils prirent la fuite à leur tour. Les paladins toutefois se défendoient encore vaillamment. Siger, comte d’Alby, et Hubert, duc de Bayonne, tous deux de l’illustre race de Montgraine, avoient privé de vie Barolangue, Arugalte, Cargorant, roi de Cosque, et le fort Barigan. Otlion d’Angleterre combattoit contre l’amiral Argoste de Marmonde; mais Agrainant, Sobrin, Nalilis, Pinadore, Martazin et l'invincible Roger, ne trouvant point de chefs françois capables de les arrêter, chassoient les chrétiens devant eux comme des troupeaux.
Enfin l’armée chrétienne étoit dans un étrange désordre, quand celle d’Italie, commandée en l’absence de INaime par la sœur de Renaud, parut dans la plaine de Montauban. Dès que Charles avoit su le siège de cette place, il avoit mandé à la guerrière de le venir joindre. Elle arriva heureusement pour ranimer le courage des chrétiens. Le brave fils du Danois, le comte Archambault de Crémone, Guy de Bourgogne, et les