I.IVRF, VI, CHAR. IV
fils du duc Naime, l'accompagnoient avec Otlacier. Cette illustre guerrière paroissoit si forte et si vaillante, (pie sa bonne mine seule donnoit de la terreur aux infidèlcs. ( )n la vit approcher fièrement, et tomber comme un foudre sur l'année sarrasine par le colé oii le roi d' \lger, Serpentin et Grandonio eombattoient contre. Roland, Olivier et le Danois. Le roi de Fez, Olivante de Carthagène et Archidant reçurent la mort de ses premiers coups. Les chevaliers de son parti firent, à son exemple, des exploits dignes de leur courage. On ne voyoit autour d'eux que des têtes et des bras voler. La dame de Clermont, frappant d’estoc et de taille, traversa l'armée des Africains, et arriva au lieu où Roland et Rodomont se combattoient à outrance. Elle reconnut le dernier pour ce guerrier terrible qui lui avoit tué son cb.eval en Italie. Elle regarda un moment le combat; et comme elle s’aperçut que le comte, après avoir renversé son ennemi tout étourdi sur l'areon de la selle d'un coup de Durandal , tomba lui-même sans sentiment à la renverse sur la croupe de Rridedor, elle se fit donner une lance, puis elle fondit sur Rodomont dès qu'il se fut raffermi; elle l’atteignit si rudement, qu'elle le jeta par terre tout de son long. Satisfaite de s’en être ainsi vengée, elle s’enfonça parmi les infidèles, où elle fit un carnage épouvantable.
Mais l'arrivée d’Agramant, qui de son côté poursuivoit sa victoire contre les chrétiens, borna les exploits de la guerrière. Il fallut recommencer à combattre. Charlemagne et le roi d’Afrique , tous deux environnés de leurs plus braves chevaliers, se chargèrent avec fureur; mais, quoique la sœur de Renaud
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fût de la partie, sa valeur ni celle des princes qui accompagnoient cette guerrière ne purent empêcher les infidèles d’avoir l’avantage. Déjà les François culbutés cédoient aux efforts de leurs ennemis, lorsque Roland survint. Après avoir repris le sentiment, il avoit vu Rodomont à terre; et, ne voulant pas qu’on lui pût reprocher d’avoir profité du désavantage de son ennemi, qu’un autre que lui avoit réduit en cet état, il s'en étoit éloigné pour voler à la défense de son empereur. Le généreux paladin n'eut pas sitôt vu le péril où se trouvoit ce bon prince, qu’il leva les yeux au ciel, et s’écria plein de douleur : O monarque suprême! avez -vous donc dans vos saints décrets arrêté la perte de notre empereur ? Et permettrez-vous à toutes les puissances de l’enfer de se déchaîner contre nous ? Ah ! quand tous les démons et Lucifer lui -même y seroient, je ferai mon devoir.
Il n’eut pas achevé ces paroles, qu'il se jeta furieusement où les Sarrasins lui parurent en plus grand nombre. Mirabalde fut le premier qu’il rencontra, et ensuite l’amiral Argoste de Marmonde; il les fendit tous deux jusqu’à la ceinture. Martazin, Taldorque d’Alzerhe , Rardarique et le grand Marbulaste d’Oran , l’attaquèrent en même temps, et le frappèrent sans l’ébranler; mais il brisa la tête de Rardarique, il jeta par terre Martazin et Marbulaste , et tua ensuite sept princes africains l’un après l’autre.
Le prince Roger, qui de son côté traitait de la même manière les chevaliers chrétiens, perça jusqu’à Roland , qu’il reconnut moins à la devise de son écu, qu'aux monceaux de morts qu’il aperçut autour de lui : ces