‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 89 sur 215 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Du combat de Bradamante et de Roger contre cinq rois

africains.

Roger n’étoil pas encore revenu du trouble que la fille d’Aymon lui avait causé en lui découvrant son beau visage, lorsqu’ils virent venir vers eux une troupe de chevaliers; c’étoit les rois Pinadore, Martazin, Danifort, Morgant et Barigan, (jui poursuivoient quelques chrétiens, Roger, quand ces princes africains furent auprès de lui, les pria de s’arrêter; mais Martazin, qui alloit devant les autres, sans faire semblant de l’entendre, tourna bride brusquement vers la sœur de Renaud, et lui déchargea un horrible fendant sur la tête, qu’elle avoit encore découverte. La dame eut à peine le temps de se couvrir de son éeu, qui en fut fracassé; en sorte que le coup , glissant sur une des épaules de la guerrière, y fit une blessure dont il sortit beaucoup de sang, bien qu elle ne fut pas dangereuse.

L’amoureux Roger, à ce spectacle, poussa Frontin sur le barbare qui avoit osé porter un fer coupable sur Roland l’Amoureux, n. 11

tCi'i. ROLAND L’AMOUllEUX.

une si belle dame, et le frappa de Balisarde si rudement, qu’il lui auroit fendu la tête, si le coup eût porté à plein sur le casque. Martazin ne laissa pas de tomber aux pieds de son cheval, versant du sang en abondance par le nez et par les oreilles; et sa chute fut si lourde, que les courroies de son casque se rompirent; il ne put se relever que la tête nue. Roger, ne croyant pas avoir assez puni ce roi audacieux, se disposoit à l’aller attaquer de nouveau, quand Danifort se mit entre deux, en disant : Laisse-le, Roger, c’est Martazin, le favori de notre monarque.

Je ne connois point, répondit le jeune guerrier, le favori d’Agramant dans la personne d’un traître. En même temps, comme Danifort continuoit à lui fermer le passage , il le heurta du poitrail de Frontin avec tant d’impétuosité, qu’il le culbuta. Barigan, profitant de cette occasion pour venger Bardulaste , son parent , que Roger avoit tué en Afrique, fondit alors sur ce jeune chevalier, et le frappa de toute sa force; mais Roger n’en fut point ébranlé, et se jeta sur Barigan, dont il perça le ventre de part en part d’une estocade. Pinadore, Morgant, et Danifort, qui venoit de remonter à cheval, l’attaquèrent tous ensemble en lui disant : Roger, Roger, tu acquerras peu d’honneur en devenant traître au roi Agramant. Ames basses, leur repartit le jeune guerrier, c’est vous qui êtes des traîtres, et je vais vous faire voir que je vous crains peu tous ensemble.

En parlant de cette sorte , il se mit en défense contre eux, et par-là Martazin évita ses coups; mais si ce roi put échapper à son ressentiment , il ne se déroba point

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