‹ Œuvres de Le Sage (volume 4)Chapitre 127 sur 191 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

«le plates et de mal écrites. Tant mieux, répondit le chevalier, celles-là nous divertiront plus que les autres; plus elles seront ridicules, plus elles me feront de plaisir : enfin je m'attends à un pot-pourri des plus plaisants.

Des personnes moins vives que ces deux jeunes seigneurs, auroient pu se faire un scrupule d’ouvrir ces lettres; mais, pour eux, s’étourdissant sur les conséquences, ils s'en firent un jeu. Ils abandonnèrent aux loups les restes du courrier infortuné; après quoi, renonçant à la chasse pour ce jour-là, ils retournèrent au château avec la valise.

Ils y trouvèrent bonne compagnie. Il y avoit avec la marquise une comtesse et une autre dame du voisinage, un vieux baron et le curé du village, tous gens d'esprit et de belle humeur. Le marquis conta l’aventure de la valise trouvée , et son récit causa d'abord quelque terreur; mais, comme on n'aime point à s’entretenir long-temps de choses tristes, et que d’ailleurs on ne s'intéressoit guère pour le courrier, on se contenta de le plaindre un moment. On ne parla plus que de la valise, dont chacun parut curieux de voir les lettres. Les dames surtout en témoignèrent une si vive impatience, qu’il fallut pour les satisfaire , en commencer la lecture immédiatement après le dîné. En vain le curé, homme sage et prudent, voulut se mettre en frais de remontrances, et représenter à la compagnie qu’il y avoit quelque chose de répréhensible à sa curiosité, qu'elle ne pouvoit la contenter sans s’exposer indiscrètement à découvrir le secret des familles, qui devoit être inviolable et, sacré. Mais, quoique ce bon

uSa LA VALISE TROUVÉE,

prêtre parlât fort sensément, on lui coupa la parole; on se moqua île ses représentations, et même on exigea de lui qu’il servît de lecteur : ce qu’il fut obligé de faire malgré la répugnance qu’il y avoit, le marquis étant un de ces seigneurs de village qui ne veulent essuyer aucune contradiction.

Le pasteur y consentit donc par pure complaisance, à condition que, lorsqu’il seroil las de lire, un autre prendroit sa place. Cela étant ainsi réglé, tout le monde prêta une oreille attentive au curé, qui mit la main dans la malle comme dans une roue de loterie, et en tira une lettre au hasard. Il la décacheta; et, après l’avoir parcourue un moment des yeux, il en fit la lecture à peu près du même ton dont il avoit coutume de débiter ses prônes.

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