SCÈNE X I T
MARIANNE, FROSINE
L’as-tu bien entendu, Frosine? Est-il un malheur égal au mien? Ce n’est pas assez de perdre l’espérance d’ètre à Eraste, il faut encore me résoudre à devenir femme de M. Bolus.
FROSINE
La pilule est amère assurément.
MARIANNE
Eraste, cher Eraste, quel sera ton désespoir quand tu sauras cette nouvelle!
FROSINE
Hélas ! je crois déjà le voir qui s’afflige avec vous. Quelle vive douleur paroit dans ses yeux! Que de pleurs coulent des vôtres ! J’en ai le frisson pour le vieil apothicaire.
MARIANNE
Que tu plaisantes mal à propos !
Je ne plaisante point. Je ne fais, comme vous, que
SCF. NE XII,
me représenter l'avenir. Mais je le regarde dans un point de vue différent. Vous n’envisagez rpie le désespoir, et moi que la consolation. Je lis dans l’avenir plus agréablement que vous.
TU A R IANNI .
Tu te trompes, Frosine. Si je suis assez malheureuse pour être à INI. Rolus, j'en gémirai, sans doute ; mais je remplirai mon sort. Plus j’aurai à souffrir, plus ma vertu s’affermira.
FROSINE
Je sais bien que la vertu s’épure dans les souffrances ; mais elle s’y laisse aussi quelquefois corrompre.