‹ Œuvres de Le Sage (volume 4)Chapitre 20 sur 191 · MYRIANNE, FROSINE, ERASTE, CRISPIN · texte numérisé non relu

MYRIANNE, FROSINE, ERASTE, CRISPIN

C’est lui-même, Frosine, et ton aimable Crispin?

F rosi \ E.

Vous arrivez ici, Messieurs, fort à propos pour nous aidera détourner l’orage qui nous menace, M.Trousse- Calant a promis sa fille à M. Bolus.

\ ce vieux camard d’apothicaire qui travaille dans sa boutique avec des lunettes ?

LA TONTINE

FROSIN E.

Justement.

ÉR ASTE

Cela est-il possible?

F RO SI NE

Si possible , que ce mariage se doit faire incessamment.

E RAS TE

Hé! Mademoiselle, vous laisserez-vous entraîner à l’autel sans faire le moindre effort en ma faveur?

MARIANNE

Quels efforts, Eraste , pouvez-vous attendre de moi ?

CRISPIN

Parbleu! Mesdames, vous n’avez qu’à nous- suivre jusqu’à notre auberge. Nos chevaux sont tout prêts... Nous vous enlèverons toutes deux.

FROSINF.

C’est bien dit. Laissons-nous enlever. Tout est pardonnable dans le premier mouvement.

MARIANNE

Vous extravaguez, Frosine.

É R ASTE

Crispin, je t’en conjure, cherche dans ta tête quelque stratagème qui puisse prévenir cette union funeste.

CRISPIN

C’est à quoi je vais rêver. Rêve aussi de ton côté , Frosine, toi qui es d’une si grande ressource pour les coups de parti.

FROSIN F.

J’y consens. Échauffons-nous à l'envi l’imagination.

SC EN F. xm

Hé bien! qu’iinagines-tu?

FR O SI NE

Oh! donne-toi patience.

c u is PI N.

l'este soit de l’esprit bouché! Je ne rêve pas si long-temps, moi. J'ai déjà trouvé le meilleur expédient .

FROSINE

Voyons.

c R is P f N.

Il n'y a qu'à brouiller M. Bolus avec M. Trousse- Galant. N'est-ce pas un moyen sûr de rompre le mariage qu'ils ont arrêté ensemble ?

FROSINE

Sans contredit.

ÉR AS TE

Cela me paroît bien pensé.

IN’est-ce pas ? Oh ! les ruses ne me coûtent rien.

FROSINE

M ais tu ne dis pas de quelle manière on pourra les brouiller.

CR ISPIN.

Ab ! vous avez raison. Comment pourrons-nous en venir à bout? Attendez. Quelque malade, depuis peu , ne seroil-i! pas mort entre leurs mains?

Oui, vraiment; ils viennent d'expédier M. Bonnegriffe le procureur.

24 LA TONTINE

CR1SPIN

Cela est heureux. Il faut dire à M. Trousse-Galant que M. Bolus dit que c’est l'ordonnance du médecin qui a fait mourir le malade, et l’on dira en même temps à l’apothicaire que le médecin rejette la faute sur la composition.

ÉRASTE

J’approuve cette idée.

F ROSI NE

Elle ne vaut rien.

MARIANNE

Pourquoi donc ?

F RO SI N F

Elle ne vaut rien, vous dis-je M. Bolus et M. Trousse- Galant sont intimes amis. 11 y a dix ans qu'ils tuent ensemble les plus honnêtes gens de Paris, sans avoir le moindre démêlé sur cela ; et vous voulez qu’ils se brouillent pour un procureur?

cri s P IN.

11 me vient un autre artifice. Oh! pour celui-ci il est immanquable. Est-il vrai que M. Trousse - Galant ait mis dix mille francs à la tontine sur la tête d’un paysan ?

FR OS IN E

Rien n’est plus véritable.

CRISP 1 N

Tant mieux. Cela m’inspire un dessein dont je liens la réussite infaillible. Je voudrois parler à ce paysan.

Tu vois la porte de sa chambre. Tu peux entrer. Il est seul.

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