MYRIANNE, FROSINE, ERASTE, CRISPIN
C’est lui-même, Frosine, et ton aimable Crispin?
F rosi \ E.
Vous arrivez ici, Messieurs, fort à propos pour nous aidera détourner l’orage qui nous menace, M.Trousse- Calant a promis sa fille à M. Bolus.
\ ce vieux camard d’apothicaire qui travaille dans sa boutique avec des lunettes ?
LA TONTINE
FROSIN E.
Justement.
ÉR ASTE
Cela est-il possible?
F RO SI NE
Si possible , que ce mariage se doit faire incessamment.
E RAS TE
Hé! Mademoiselle, vous laisserez-vous entraîner à l’autel sans faire le moindre effort en ma faveur?
MARIANNE
Quels efforts, Eraste , pouvez-vous attendre de moi ?
CRISPIN
Parbleu! Mesdames, vous n’avez qu’à nous- suivre jusqu’à notre auberge. Nos chevaux sont tout prêts... Nous vous enlèverons toutes deux.
FROSINF.
C’est bien dit. Laissons-nous enlever. Tout est pardonnable dans le premier mouvement.
MARIANNE
Vous extravaguez, Frosine.
É R ASTE
Crispin, je t’en conjure, cherche dans ta tête quelque stratagème qui puisse prévenir cette union funeste.
CRISPIN
C’est à quoi je vais rêver. Rêve aussi de ton côté , Frosine, toi qui es d’une si grande ressource pour les coups de parti.
FROSIN F.
J’y consens. Échauffons-nous à l'envi l’imagination.
SC EN F. xm
Hé bien! qu’iinagines-tu?
FR O SI NE
Oh! donne-toi patience.
c u is PI N.
l'este soit de l’esprit bouché! Je ne rêve pas si long-temps, moi. J'ai déjà trouvé le meilleur expédient .
FROSINE
Voyons.
c R is P f N.
Il n'y a qu'à brouiller M. Bolus avec M. Trousse- Galant. N'est-ce pas un moyen sûr de rompre le mariage qu'ils ont arrêté ensemble ?
FROSINE
Sans contredit.
ÉR AS TE
Cela me paroît bien pensé.
IN’est-ce pas ? Oh ! les ruses ne me coûtent rien.
FROSINE
M ais tu ne dis pas de quelle manière on pourra les brouiller.
CR ISPIN.
Ab ! vous avez raison. Comment pourrons-nous en venir à bout? Attendez. Quelque malade, depuis peu , ne seroil-i! pas mort entre leurs mains?
Oui, vraiment; ils viennent d'expédier M. Bonnegriffe le procureur.
24 LA TONTINE
CR1SPIN
Cela est heureux. Il faut dire à M. Trousse-Galant que M. Bolus dit que c’est l'ordonnance du médecin qui a fait mourir le malade, et l’on dira en même temps à l’apothicaire que le médecin rejette la faute sur la composition.
ÉRASTE
J’approuve cette idée.
F ROSI NE
Elle ne vaut rien.
MARIANNE
Pourquoi donc ?
F RO SI N F
Elle ne vaut rien, vous dis-je M. Bolus et M. Trousse- Galant sont intimes amis. 11 y a dix ans qu'ils tuent ensemble les plus honnêtes gens de Paris, sans avoir le moindre démêlé sur cela ; et vous voulez qu’ils se brouillent pour un procureur?
cri s P IN.
11 me vient un autre artifice. Oh! pour celui-ci il est immanquable. Est-il vrai que M. Trousse - Galant ait mis dix mille francs à la tontine sur la tête d’un paysan ?
FR OS IN E
Rien n’est plus véritable.
CRISP 1 N
Tant mieux. Cela m’inspire un dessein dont je liens la réussite infaillible. Je voudrois parler à ce paysan.
Tu vois la porte de sa chambre. Tu peux entrer. Il est seul.