LIVRE 11, Cil AP. V
gris-musc, qu'il accompagna de deux chemises fines et d une paire de bas de soie. J'essayai le tout, qui sembloit avoir été fait pour moi. Le jeune homme ne cessoit de me le dire, pour m’en donner plus d’envie. On eût dit qu'il appréhendoit que mon argent ne lui échappât, ou que je ne vinsse à changer de sentiment; ce qu’il ne dcvoit pas craindre. Il vouloit vendre; je voulois acheter; notre marché fut bientôt conclu. Il me demanda cent réaux; je les lui comptai. Ensuite nous fîmes un troc. Il me donna pour mon panier un sac de cheval où étoient quelques bardes, et dans lequel je mis mon argent avec les deux chemises et les bas de soie. Pour l’habit, je le laissai sur mon corps, et je pendis le vieux à un arbre avec tout le reste de mes guenilles, comme un monument de ma gueuserie. Le Tolédan de son côté remplit le panier de nippes et des vivres qui restoient; car je les lui donnai de bon cœur. Pendant que nous étions occupés de tous ces soins, le soleil baissoit insensiblement. Enfin l'heure de notre séparation arriva. Nous nous embrassâmes avec mille démonstrations d’amitié; après quoi chacun continua sa route, tous deux également satisfaits de notre rencontre. Nous tournâmes même la tête l’un vers l’autre après nous être quittés, pour nous dire encore adieu par signes, et nous souhaiter un heureux voyage.
Ci LJ Z M A N D’A L 1 A 11 A C H J