‹ Œuvres de Le Sage (volume 5)Chapitre 132 sur 322 · LIVRE III, Cil AP · texte numérisé non relu

LIVRE III, Cil AP

saint Paul. Lorsque nous lûmes clans sa maison, qui me parut un hôtel magnifique , il vint un valet qui voulut lui oter sa robe; mais le vieillard ne la quitta point, par un excès de politesse, et renvoya le valet, après lui avoir dit quelques paroles italiennes, qui furent pour moi de l'hébreu. Ensuite il me (il entrer dans une salle, où, pendant une heure entière, il m’entretint des affaires d’Espagne ; puis venant insensiblement à celles de ma famille, il me lit force questions, particulièrement sur ma mère, et je n’y répondis point en sot. L’entretien eommeneoit à m’ennuyer, quand le valet revint. Ils eurent encore ensemble une petite conversation en italien, à laquelle je ne compris rien non plus qu a la première; mais immédiatement après, le bon homme, s'adressant à moi, me dit en espagnol : Je suppose que vous avez soupe; il est temps de s’aller coucher; vous devez avoir besoin de repos. Nous nous reverrons demain. Puis se tournant vers le domestique : Antonio Maria, poursuivit - il , conduisez ce gentilhomme au plus bel appartement de ma maison.

J'avois plus d’envie de manger que de dormir, ou plutôt je mourois de faim, ayant par malheur dîné ce jour-la fort sobrement à mon auberge, pour mieux ménager mapistole, qui droit à sa fin : néanmoins, de peur d abuser des bontés d’un bote qui paroissoit si disposé à me rendre service, je suivis son valet, comme si j’eusse eu le ventre plein, Ce domestique me fil d'abord traverser une enfilade de sept à huit pièces pavées d’albàtre, et toutes plus propres les unes que les autres; de là nous entrâmes dans une galerie poui aller gagner une très belle chambre, où il \ a voit un lit

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fort riche et bien garni, avec une tapisserie magnifique. Vous voyez votre chambre, me dit Antonio Maria, et le lit qui vous est destiné : il n'y couche jamais que des princes ou des parents de mon maître.

Ce valet, après m'avoir laissé considérer un peu la richesse des ameublements, s’offrit à me déshabiller; mais je m’en défendis pour cause : outre que je n’étois pas bien aise qu'il vît une chemise toute déchirée, mon habit avoit besoin d’une main plus intéressée que la sienne à me I ôter délicatement. Cependant, soit par malice, soit qu'il crût que je ne m’opposois à sa bonne volonté que par politesse, il revint à la charge; et se mettant en devoir de me servir malgré moi, il méprit et me tira si brusquement une manche, que si je n’eusse pas eu la précaution de la tenir de l’autre main, il me l'auroit sans doute arrachée. Alors le priant d’un air chagrin de me laisser en repos, j’allois tout de bon me fâcher contre lui, s’il ne se fût point arreté pour prévenir ma colère. Je me retirai dans la ruelle, ou m’étant promptement défait de mes guenilles qui ne tenoient qu'à deux lacets, je me fourrai vite dans le lit, dont je sentis que les draps étoient propres et parfumés; après quoi je dis au valet qu’il pouvoit emporter la chandelle, .le n'ai garde, me répondit-il; ce seroit le moyen de vous faire passer une très mauvaise nuit, il se cache dans cette chambre, dont le plafond est fort élevé, de grandes chauve-souris qui sont assez communes dans ce pays-ci, et dont vous seriez incommodé si vous demeuriez sans lumière; ajoutez à cela, poursuivit-il, qu’il revient dans les principales maisons de cette ville certains esprits malfaisants, dont on seroit

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