LIVRE ni, C.IIAP. IV. a
suppose en toi une disposition prochaine à hrusquci ceux (iui te refuseront la charité. Ainsi, quand tu t'adresseras à quelqu’un de ees mauvais riches, qui nonseulement ne nous assistent jamais, mais qui nous reprochent meme avec aigreur notre fainéantise, songe qu’il ne faut répondre à ees discours durs que. par des paroles pleines de douceur et d humilité. Autre conseil très important : si, par hasard, ce qui m’est arrivé cent fois en ma vie, tu t’approches d'un cavalier qui, dans le moment que tu lui demandes l’aumône, ôte son gant et met sa main dans sa poche, je ne te défends pas de sentir de la joie à cette action; mais si tu t’aperçois qu'il n'a fouillé dans sa poche que pour en tirer son mouchoir, n'en témoigne aucun chagrin, et ne gronde pas entre tes dents; car peut-être a-t-il près de lui un autre cavalier qui veut te faire l'aumône, et que tes murmures détourneraient de son dessein.
Après que le vieux Cordouan m’eut donné ces préceptes politiques, il m'apprit de quelle manière on pouvoit faire naître une fausse lèpre et des ulcères; comme on faisoit enfler une jamhe; par quelle adresse un hras paroissoit tout disloqué, et avec quoi l’on rendoit un visage plus pale que celui d’un mort. Il possédoit enfin mille secrets curieux qu'il eut la limité de me communiquer, tant par amitié pour moi, que de crainte de s’en aller dans l’autre monde sans les avoir laissés à personne. En effet il cessa de vivre peu de jours après.