‹ Œuvres de Le Sage (volume 5)Chapitre 146 sur 322 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Del 'agréable vie que Guzman menoit avec ses confrères. Relation du voyage qu'il fit a Gaéte. Histoire d'un gueux qui mourut a Florence.

Malgré la disposition textuelle du dixième statut de la gueuserie, je ne jugeai point à propos de faire part à mes confrères des secrets du Cordouan, qui ne les avoit révélés qu’à moi. Cependant nous vivions tous ensemble dans une union parfaite. Nous nous assemblions quelquefois le soir jusqu’à dix ou douze , et nous passions le temps à disputer sur les exclamations nouvelles que chacun de nous inventoit. Il y avoit même des gueux qui découvraient des manières de bénédictions dont ils faisoient trafic, et qu’ils vendoient aux autres, qui les achetoient à cause de la nouveauté.

Les jours de fêtes nous étions de grand matin dans les églises où il y avoit indulgence plenière. Nous nous empressions à occuper les meilleures places : c’étoit à qui serait auprès du bénitier, ou à l’entrée de la chapelle de la station. Nous y demeurions toute la matinée, et le plus souvent nous sortions de la ville le soir pour courir les villages des environs, aussi-bien que les fermes et les maisons de plaisance, d’où nous ne revenions guère sans être chargés de pièces de lard, de pain, d’œufs et de fromage, quelquefois même de vieilles hardes, tant nous savions exciter la pitié des bonnes gens de la campagne. Si quelque personne de

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