‹ Œuvres de Le Sage (volume 5)Chapitre 183 sur 322 · LIVRE IV, CH A P. 1. 3f · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CH A P. 1. 3f

ronce; que je trouverons dans ces villes clequoi m’amuser agréablement, et qu’en fin jereviendrois à Home lorsque je le jugerois à propos.

Je lis connoître à Sayavetlra qu’il ne pouvoil rien me conseiller qui fût plus do mon goût, et que je ne tarderais guère à suivre son conseil, pourvu que mon maître, sans la permission de qui je ue prétendois rien faire, y consentit. Alors mon Andalous, natif de Valence, et fourbe en diable et demi, me lit une description charmante de toutes ces villes, pour me donner encore plus d’envie de les voir. Il m’en inspira un si grand désir, (pie dès le lendemain matin, en habillant l’ambassadeur, je lui dis : Je ne sais, monseigneur, si vous approuverez un dessein que j’ai formé sous votre bon plaisir; je voudrais bien voyager par toute l ltalie : je m’imagine que je ne ferais point mal de m’éloigner de Rome pour quelque temps. Son excellence, à ces paroles, sentit un mouvement de joie qu’elle ne put s’empêcher de laisser paraître. Guzman, s’écria-t-elle, il ne pouvoit te venir une meilleure pensée que cellelà : oui , mon ami , tu feras bien de disparaître , du moins pour quelques mois : cela ne saurait produire qu’un bon effet pour nous deux; car je n’ignore pas les bruits qui courent à mon désavantage, surtout depuis ta dernière aventure. ( )n nous accommode l’un et l’autre de toutes pièces; on m’en a donné charitablement avis. En un mot, nous sommes dans la nécessité de nous séparer. J’ai quelquefois eu envie de te le dire; mais je n’en ai pas eu la force, et je suis ravi que tu prennes de toi-même le parti de voyager. Au reste, Guzman, poursuivit ce bon maître, tu peux compter que je te

Guzman ^3

mettrai en état de voir agréablement tous les pays oii

tu voudras aller. Enfin j’en userai avec toi comme avec

un serviteur que j’aime, et dont je ne me défais qu’à

regret.

Ainsi me parla mon ambassadeur. Je lui rendis un million de grâces des sentiments favorables qu'il venoit de me témoigner; et je ne fus pas sitôt liors de son appartement , que je chargeai un de nos marmitons de m’aller chercher le messager de Sienne; ensuite je me retirai dans ma chambre pour m’occuper des préparatifs de mon voyage. Déjà je commençois à serrer proprement mes hardes dans trois coffres qui me servoient de garde-robe, lorsque je reçus une seconde visite de Sayavedra, que je mettois au nombre de mes meilleurs amis. Il fit paroître quelque étonnement à la vue de mes effets étales dans ma chambre , et des coffres ouverts devant moi. Comment donc, seigneur Guzman, s’écria-t-il, est-ce que vous vous disposeriez à suivre le conseil que je vous ai donné? Vous l'avez deviné, lui répondis-je; mon maître, à qui j’ai parlé de mon dessein, m’a permis de l’exécuter. C’en est fait; je pars dans deux jours pour Sienne, où je me propose de m’arrêter quelque temps chez un marchand de mes amis, appelé Pompée. Je ne le commis point personnellement; mais c’est un homme à qui j’ai rendu service ici, et qui m’en témoigne par ses lettres tant de reconnoissance , que j’ai tout lieu de penser qu’il sera bien aise de me posséder chez lui : ainsi j’espère que j’aurai du plaisir à Sienne, oîi je vais dès aujourd'hui envoyer mes hardes à l’adresse de ce Pompée, pour n’en être point embarrassé sur la route.

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