‹ Œuvres de Le Sage (volume 5)Chapitre 190 sur 322 · LIVRE IV, CH AP. II. 3(}J · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CH AP. II. 3(}J

vues pures, il résolut de faire tout sou possible pour se détacher de cette dame. \ entablement , dès la première fois qu'il la revit, il lui tint ce discours : Vous n’ignorez pas, madame, que vous avez mis Horace au rang de vos complètes; mais je doute que vous sachiez jusqu'à quel point il vous aime. Apprenez qu’il vous adore, et que l'honneur de vous épouser fait le plus cher de ses désirs. J’en suis ravie, répondit Clorinia. Vous verrez, par le peu d’attention que je ferai à son amour, si je prends plaisir à me voir d’autres amants que Dorido. Je commis, répliqua le cavalier, tout le prix d’un sentiment si glorieux pour moi; mais je croirois abuser de vos bontés si je ne m’y opposois en quelque façon moi-même. Horace a du mérite, et, quand vous le connoitrez bien, vous ne serez peut-être pas fâchée «[lie vos parents vous accordent à ses vœux.

Comment donc, s’écria la dame, on diroit, à vous entendre, que vous souhaitez de me perdre! Seriezvous en effet bien aise que je répondisse à la tendresse d'Horace? Non vraiment, dit Dorido. Ce n’est [joint là ma pensée; j'ai voulu seulement vous faire entendre que si vous vous sentiez quelque penchant pour Horace , et tpie vos parents approuvassent sa recherche, mon cœur auroit beau murmurer, je m’immolerois au bonheur de mon rival, pour vous prouver que je suis dévoué à toutes vos volontés. Je doute fort, reprit-elle, que la victime fût aussi soumise que vous le dites, ou bien vos feux n'ont pas toute la violence que je crois bonnement qu'ils ont. Mais, continua-t-elle, je ne prétends pas vous mettre à cette épreuve. Dorido sera le premier et le dernier de mes amants; c’est sur quoi

vous pouvez compter. Qu’IIorace persiste tant qu'il lui plaira dans les sentiments qu'il a pour moi, il n’en sera jamais plus avancé. Je veux bien vous l’avouer. Je me suis aperçue de sa passion; il l’a fait assez éclater devant ma jalousie, et je vous jure que j’ai été si mal affectée des marques qu’il m’en a données, que j’ai conçu pour sa personne une aversion qui va jusqu’à l’horreur.

Après ces dernières paroles, Dorido n’osa plus parler d’Horace, dont il jugea bien qu’il seroit inutile de s’entretenir davantage avec Clorinia ; il changea de discours tout le reste du temps qu’ils furent ensemble. Cette nuit se consuma en protestations mutuelles de s’aimer toujours. Le lendemain, Dorido reçut une visite d’Horace. Hé bien, mon ami, lui dit d’abord ce dernier, avez-vous vu Clorinia? vous est-il échappé quelque mot en ma faveur? comment l’a-t-elle reçu? Fort mal, répondit l’autre; vous ne devez vous flatter d'aucune espérance. Je lui ai vanté votre mérite et votre alliance; je vous ai peint plus amoureux que vous ne l’êtes peut-être : l'inhumaine m’a fermé la bouche, en me disant que vous brûlez en vain pour elle, et que jamais l’hymen ne vous unira tous deux.

A ce discours, Horace pâlit et tomba tlans une profonde rêverie, pendant laquelle Dorido, entrant dans sa peine en véritable ami, lui représenta qu’il devoit plutôt se désister de sa poursuite, que de vouloir contraindre une dame à l’aimer; qu’il y en avoit dans Rome d’autres aussi aimables que Clorinia , et qui lui rendaient plus de justice. Au reste, mon cher Horace, ajouta-t-il, je ne pense pas que vous ayez sujet de vous plaindre de moi; je vous aurois cédé la sœur de Valère,

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