‹ Œuvres de Le Sage (volume 5)Chapitre 247 sur 322 · LIVRE V, C II A P. II · texte numérisé non relu

LIVRE V, C II A P. II

quel pensa s'évanouir lorsqu’il en vit tirer la cassette de cuivre et le sac. Le bargello s'adressant ensuite à ce pauvre diable, lui dit : L'ami, vous vouliez perdre la vie avec tous vos biens, si cette cassette étoit dans votre maison : il n’y a, ma foi, qu’à vous croire sur votre parole. Tudieu! quel dépositaire! Ln achevant ces mots il referma le coffre, et revint dans la boutique, tenant la cassette d’une main et le sac de l’autre; ce que les assistants n'eurent pas sité»t remarqué, qu’ils commencèrent, et particulièrement mon bote, à charger le banquier d injures et de malédictions. L’officier, pour approfondir encore mieux la chose, dit qu'il falloit ouvrir cette cassette : il me demanda si j’en avois la clef; je la tirai de ma poche, et la lui donnai. La première chose qui s offrit à ses yeux fut le bordereau, conçu dans ces termes : Jl y a dans celte cassette neuf cent soixante pis tôles d'or tant d' Espagne que d' Italie, et dix quadruples; le tout fusant mille pis tôles , et appartenant a don Juan Osorio. 11 trouva les quadruples dans un papier à part : il les fit voir au banquier; après cela, il ouvrit le sac où étoient les trente écus romains avec les autres, et un bordereau.

Les cris du peuple redoublèrent à la lecture des bordereaux et à la vue des espèces qui étoient spécifiées. Chacun pressoit le bargello de me donner à l’instant la cassette et le sac; et cet officier alloit céder à leurs instances, si je 11’eusse déclaré que je 11e prétendois recevoir mon argent que des mains de la justice, puisque nous étions dans une ville où, grâce à Dieu, il y avoit de bons juges. Le bargello somma encore une fois le sieur Jérôme Plati de dire ce qu’il avoitàalleguer contre

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de si fortes preuves. Le banquier, plus mort que vif, el ne sachant ce qu'il devoit penser d une aventure qui ne lui paroissoit pas naturelle, répondit qu'il y avoit là-dedans de la magie, et qu’assurément le diable s’en mé 1 oit.. Si vous n’avez pas de meilleure raison que celle-là pour confondre votre partie, lui dit l’officier, vous avez bien la mine de perdre votre cause, et même d’être puni sévèrement. Après avoir parlé de cette sorte, il mit la cassette et le sac en dépôt chez un riche marchand du quartier, et alla faire son rapport aux juges, qui nous citèrent, Plati et moi, pour comparaître devant eux le lendemain. Le banquier se trouva si malade, qu’il lui fut impossible d’aller à l’audience; il se contenta d’y envoyer sa femme et son commis avec quelques-uns de ses amis : pour moi j’y parus hardiment, accompagné de Sayavedra, de mon hôte et de mon hôtesse, qui furent interrogés tous trois l’un après l’autre, et qui en dirent plus, surtout ces deux derniers, qu’ils n’en avoient vu ni entendu. Les juges ouïrent aussi Aguilera et sa maîtresse, qui confessèrent que , n’ayant pas toujours été dans la boutique le jour que je disois avoir porté mon argent au banquier, c’étoit de quoi ils ne pouvoient en conscience rendre témoignage.

Sur toutes ces dépositions, les magistrats condamnèrent ma partie à me restituer mon or et mon argent, aux dépens du procès, avec défense d’ouvrir sa boutique à l’avenir, et d’exercer la profession de banquier dans tout l’état de Milan. Le bargello , pour exécuter cette sentence, me mena chez le marchand dépositaire de ma cassette et de mon sac, et, me les ayant remis lui-même entre les mains, il me renvoya triomphant a

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