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no reçut pas moins d'applaudissements. Il me prit alors une si grande démangeaison de (aire retentir 1 air de ma voix mélodieuse, que je n’v pus résister; je 11 avois pas même eu peu de peine à gagner sur mon impatience de laisser finir la seconde chanteuse. Je fus tenté d’abord de chanter ce même air italien que je venois d'entendre, et qui étoit un de ceux qui m’avoient (ail le plus d’honneur à Ulorenecau concert du grand-duc; cependant j’eus la politesse de n'en rien faire, pour épargner à la dame le dépit et la honte de la comparaison. Pour ne rien perdre au change, m’étant souvenu d un autre air qui avoit charmé la grande-duchesse, je le choisis.
Je me disposai donc à surprendre ces bonnes religieuses autant par la beauté de mon chant que par la singularité de l’aventure. Je chantai; et sitôt que j’eus achevé, ce furent des cris de surprise mêlés d’admiration. Une porte vitrée qui fermoit le balcon s’ouvrit à l’instant, et je vis paroitre plusieurs dames, qui s’empressèrent à regarder de toutes parts pour découvrir le personnage qui avoit chanté si agréablement. Je ne fis pas semblant de les remarquer; et, après m'être arrêté un moment, je recommençai mon air. Dès que je l’eus fini, me voilà une seconde fois admiré des dames, qui, dans l’attente d’être régalées d’une nouvelle chanson, suspendirent les louanges pour me prêter silence. Je m’en aperçus bien; et pour irriter l'envie qu’elles avoient que je chantasse encore, je lus assez malin pour 111e taire, sans bouger de ma place. Une dame, plus impatiente que les autres, m’adressa la parole, et me dit qu’un air seul ne sulfisoit pas pour une compagnie
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qui aimoit passionnément les belles voix. Si c'est peu pour tant de daines, répondis-je en italien, c’est beaucoup pour un pèlerin à qui l’on a cruellement refusé I Hospitalité.
Ma réponse excita de grands éclats de rire, et lit connoître aux religieuses que j dois l’étranger qui avoil demandé à loger dans l’abbaye. Seigneur cavalier, s’écria l’une d’entre elles, ne trouvez pas, s’il vous plaît, mauvais qu'on en ait usé de cette manière avec votre seigneurie. C’est une loi établie dans ce couvent, cle n'\ recevoir aucun homme inconnu après huit heures du soir; mais en faveur de votre charmante voix, madame l’abbesse veut bien passer par-dessus la règle. Elle \a donner ordre qu’on vous ouvre la porte, si vous n’aimez mieux attendre le jour sur les bords de cette rivière, à la façon des chevaliers errants. Je répondis à la personne qui venoit de parler que j’étois ravi d’apprendre que, pour obtenir le couvert de madame l’abbesse, il falloit le demander en musique. A ce petit trait de raillerie, les religieuses recommencèrent à rire, d’autant plus que leur abbesse étoit présente, ou plutôt que c’étoit à elle-même que je parlois. Elles jugèrent par là que j'étais un gaillard, et cela ne leur déplut point. Comme elles souhaitoient de voir de près ma figure, qu’elles n’apcrccvoient que fort confusément dans l'endroit oîi j’étois assis, elles me prièrent d’entrer chez elles, en me disant que madame l'abbesse vouloit se réconcilier avec moi.
À ces mots, pour leur témoigner que je ne demandois pas mieux que de ni introduire dans leur monastère, je me levai, et, après avoir salué respectueusement
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la compagnie en passant devant le balcon, je regagnai la porte à grands pas. Je n \ lus pas sitôt arrivé, que le port ut vint me l’ouvrir. Il me dit de prendre la peine de le suivre, et il me conduisit à un vaste parloir, fort propre et bien éciairé. .le trouvai là madame l’abbesse,
• pu avoit auprès d’elle une dame séculière , toutes deux assises sur des carreaux de damas violet , et six à sept religieuses, <pu se teuoient debout derrière elles. Toutes ees dames gardoient le silence, et avoient un air sérieux nui auroit déconcerté un autre que moi; mais j’avois fréquenté la grille a Rome, et mon humeur convenoif aux religieuses. Aussi je les abordai en plaisantant, et, par quelques saillies réjouissantes qui m’échappèrent, je leur lis perdre leur fausse gravité. Je me plaignis d'une façon si divertissante de la règle qui défendoit d’ouvrir la nuit la porte du monastère aux pauvres etrangers, que je les mis en train de rire.
Pendant ce temps- là on dressa une petite table, sur laquelle on servit un gros morceau de pâté de venaison, avec du vin et force confitures, f iles n’eurent pas besoin de me presser de manger et de boire; je m’en acquittai en voyageur qui mouroit de faim et de soif. Je ne laissai pas, en me bourrant l’estomac, de dire à l’abbesse des galanteries, aussi-bien qu à la dame séculière, qui me paroissoit toute jolie. Elle avoit un air de jeunesse et un enjouement qui la rendoient très piquante. Quelques religieuses, remarquant que je la trouvois à mon gré, me (b ■mandèrent si leur communauté n’avoit pas raison de s’applaudir de l’acquisition qu’elle a I loi t faire d’une pareille dame; ce qui m’inspira mille pensées badines, et toutes très obligeantes pour elle.
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je 11e parlois qu’en italien; et comme j’étois vêtu à l’italienne, je passai sans peine dans leur esprit pour un homme de celle nation. Celles de ces dames qui savoient cette langue affectoient, pour s’en faire honneur, de ne pas m’entretenir en espagnol. Quand elles virent que je ne mangeois plus , elles firent rouler l’entretien sur la musique, et toutes ensemble me prièrent de payer mon écot de quelque air nouveau d’Italie. J’y consentis de bonne grâce; et peu à peu animé par les éloges qui m’étoient assurés à la fin de chaque couplet, il me prit une si grande fureur de chanter, qu’une chanson n’altendoit pas l’autre. De leur côté les dames, et particulièrement la séculière, emportées par le plaisir de m’entendre, ne songeoienl à rien moins qu’à se retirer, quoiqu’il fût déjà plus de minuit. Je crois que le jour nous auroit surpris dans ce parloir, si l’abbesse, pour garder le décorum de la vie monastique, n’eût jugé à propos de mettre fin à un passe-temps si contraire au recueillement intérieur, en reprochant aux religieuses qu’elles abusoient de ma complaisance. Ce cavalier, leur dit-elle, doit être fatigué. D’ailleurs il faut conserver quelque chose pour demain : il ne partira pas, je pense, sans que nous ayons la satisfaction de le revoir. C’étoit honnêtement me faire taire. Au fond de l’âme j'en fus ravi; et donnant le bonsoir à la compagnie, je joignis le portier, qui m’attendoit à la porte du parloir pour me conduire à l'appartement qui m'etoit destiné.
Je ne lus pas peu étonné en y entrant d’y trouver mes valets, qu’on avoil eu soin d’envoyer chercher avec mon bagage, et de régaler comme moi; j appris