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cl il ii avoit eu garde de négliger une occasion si favorable de faire sa cour a une personne dont il souliaitoil fort il cire l’époux. Le portrait que mon muletier m avoit fait de ce jeune gentilhomme n’étoit nullement Halte. Je n'ai jamais vu de cavalier si beau : la femme la plus \aine de sa beauté se seroil fait honneur d’avoir son visage, \joutcz à eela qu'il étoit parfaitement bien lait , et qu'il avoit tout l'air d’un enfant de qualité. Son habillement , dont j’admirai la richesse et le goût , relevoit encore sa bonne mine. Je crois que |e serois mort de jalousie en voyant sa ligure, si d'ailleurs je n’eusse pas été prévenu que c’étoit un sol. Mais cette pensée me soutint contre des avantages si redoutables, et je iis une remarque qui acheva de me donner le courage de disputer à ce rival le cœur de doua Lucia : je m'aperçus que cette dame , bien loin de témoigner quelque joie quand il arriva, le vit d'un œil assez indifférent, et répondit avec beaucoup de froideur à ses civilités.
Don Antonio et moi nous nous regardâmes d'abord comme de jeunes coqs : néanmoins, voulant faire connoissanee avec lui , je l’accablai d’honnêtetés ; et je lui tins des discours si obligeants, que je le contraignis à s'humaniser avec moi ; en moins d’une heure de temps nous devînmes fort bons amis. Lorsqu’il fallut dîner,
I abbesse lit dresser deux tables dans le parloir, l’une en dehors pour son neveu cl pour moi , et l’autre en dedans pour les- daines. Le repas, qui pouvoit entrer en comparaison avec ceux des plus grands seigneurs, lut assaisonné de bons mots et de quelques contes qui égayèrent fort la compagnie. Plusde la moitié de (après-
0 2,f GUZM AN D’ALFAR ACHE.
fiinée sc passa encore très agréablement : enfin je parlai , je chantai , je ris, je montrai que j'élois homme à tout faire; aussi les religieuses, quoique accoutumées à recevoir fies visites fie cavaliers , m'avouèrent qu elles n’en avoient jamais vu un qui les eût tant diverties. Cependant l’heure fie nous séparer approchoit : il étoit temps que la belle veuve partît pour s’en retourner h Saragosse, si elle y vouloit arriver avant la nuit. Elle prit congé fie madame l’abbesse et fie ses religieuses, et monta clans sa litière , qui l’attenfioit à la porte. Mon dessein étant d’accompagner cette dame, j’avois fait préparer mon équipage ; je m’élançai promptement sur ma mule , qui ne faisoit pas une trop bonne figure auprès du coursier fie don Antonio. Outre que ce jeune gentilhomme avoit un fies plus beaux chevaux d’Espagne, il savoit bien le manier : il lui faisoit faire cent passades fie la meilleure grâce du monde. J'étois furieusement mortifié de ne pouvoir l’imiter avec ma mule pacifique et sans école; je ne laissai pas toutefois d’essayer de la mettre sur les voltes , mais ce fut seulement pour réjouir les dames , qui nous observoient de leurs fenêtres.
Nous nous emparâmes , mon rival et moi , des deux côtés de la litière, pour entretenir en chemin doua Lucia. Nous commençâmes, ou, pour mieux dire, je commençai à lier conversation avec elle; car le jeune Miras y eut si peu de part , que ce n’est pas la peine d’en parler. 11 se contentoit de se tenir droit sur son cheval en bandant le jarret comme un académiste qu il étoit , laissant aux agréments de sa personne le soin de prévenir en sa faveur. Connoissant don Antonio pour