‹ Œuvres de Le Sage (volume 5)Chapitre 294 sur 322 · LIVRE VL, CH A P · texte numérisé non relu

LIVRE VL, CH A P

sonner lu retraite, et nous commençâmes à défiler lotis vers la ville, de façon que tlona Maria et moi nous marchions les derniers, comme si, déjà d’intelligence tous deux, nous eussions affecté de demeurer derrière pour nous entretenir en particulier. Il est inutile de dire tpte notre conversation roula sur 1 amour : nous étions l’un et l’autre trop en train de nous agacer, pour nous parler d’autre chose que de tendresse. JNous nous fîmes une déclaration réciproque de nos sentiments, et dès ce jour-là nous aperçûmes que nous étions faits l’un pour l'autre. Comme les autres personnes de la compagnie n'avoient pas ensemble un entretien si amusant que le nôtre, elles alloient plus vite que nous. Doua Maria, voulant les suivre, fit par hasard ou autrement un faux pas, de sorte qu’elle seroit tombée, si je ne l’eusse soutenue. Je la retins entre mes bras, et je fus assez hardi en la relevant pour lui dérober un baiser. Je n’eus pas sitôt pris cette liberté, que la crainte d’avoir déplu par cette action m’obligea d’en faire des excuses à la dame, qui, bien loin de s’offenser de ma hardiesse, me dit fort spirituellement que j’avois bien fait de me payer par mes propres mains du service que je lui avois rendu, et qu’elle auroit pu négliger de reconnoître.

Quand nous fûmes arrivés à la porte de la maison des trois sœurs, leur mère me pria d’entrer; ce que je fis fort volontiers. On m’y présenta des rafraîchissements, et je m’y arrêtai jusqu’à ce que je jugeai que la bienséance exigeoit que je prisse congé de la compagnie : néanmoins, avant que je me retirasse, je demandai à la veuve la permission de la venir quelquefois assurer de Guzman. 3"?

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mes respects. Enfin, je quittai dona Maria. J’étois si transporté d’amour, et j’en avois l’esprit si troublé, qu’aulieu de m’en retourner chez moi, je pris le chemin de l'université : je ne reconnus mon erreur que lorsque étant arrivé à la porte, je me mis en devoird’y frapper. Tu conçois bien que je ne dormis guère cette nuit, après avoir passé la journée comme je te l’ai raconté.

Je fus le jour suivant aux écoles de l’université, où ma distraction fut telle, qu’en sortant je n’aurois pu dire de quelle matière on y avoit traité. L’après-dînée, sans pouvoir m’en défendre, je me rendis chez dona Maria, que j'écoutai plus attentivement que je n'avois fait mon professeur le matin, et qui me détacha si bien de l’université, que je cessai bientôt d’y aller. Je renonçai aux ordres que j’avois voulu prendre. Je changeai mon habillement ecclésiastique en un habit séculier des plus riches, et, après avoir payé mon hôte, je me mis en pension chez la veuve du docteur Gracia, oii, pour parler plus juste, je m'abandonnai au démon qui m'entraînoit. Tous les gens sensés, et qui étoient dans mes intérêts, déplorèrent mon aveuglement. Le recteur même eut la bonté de me faire une charitable remontrance sur le changement de ma conduite; mais tous ses discours judicieux furent inutiles; il fallut que je subisse mon sort , qui étoit de m'abîmer; ou bien le ciel vouloit peut-être par là dérober un mauvais sujet à l’église.

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