GUZMAN D’ALFA HA UH F
tristement <|iie tu le pourrois faire dans une semblable conjoncture : quand nous fûmes à un quart de lieue du village del Pedoso, nous aperçûmes et joignîmes nos deux ecclésiastiques, qui marchôient pas à pas en nous attendant.
Je leur appris le sujet de notre retardement; car dans l’état oii était l’ûnier, il n’avoit pas le courage de desserrer les dents. Les bons prêtres nous plaignirent fort; la dernière de nos aventures surtout leur parut la plus fâcheuse, et donna occasion à un de ces messieurs de dire : Dieu garde tout honnête homme de trois saintes qui sont en Espagne; savoir, la sainte Inquisition, la sainte Hermandad et la sainte Cruzada! Dieu préserve un innocent particulièrement de la sainte Hermandad! 11 y a encore quelque espérance de justice avec les deux autres; mais tout ce que je puis dire de celle-là : Bienheureux sont ceux qui ne tombent point entre ses mains !
L’ecclésiastique, qui m’avoit régalé d'un sermon le jour précédent , et qui se sentoit une grande démangeaison de prêcher encore, fit adroitement rouler la conversation sur les plaisirs du monde, pour avoir occasion de nous dire qu'il n’y en a que de faux sur la terre, et que si l'on en vouloit trouver de véritables, il falloit les aller chercher au ciel; que toutes les fêtes même où l’on se promettait les plus grands plaisirs, étaient toujours accompagnées ou suivies de quelqües chagrins. Monsieur le bachelier, ajouta-t-il en s adressant à son camarade, souhaitez -vous que je vous raconte à ce propos une fable qui me semble digne d'être écoulée? Vous ne serez pas fâché de la savoir; la voici.