‹ Œuvres de Le Sage (volume 5)Chapitre 29 sur 322 · LIVRE I, Cil A P. VIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, Cil A P. VIII

étrillés, ils nous rouillèrent exactement ; et, ne trouvant pas ce qu ils eherchoient , ils nous lièrent les mains avec des cordes, dans le dessein de nous mener en laisse à Séville. Nous étions déjà tous deux attachés comme des lévriers, lorsque celui des archers qui m’avoit lié les mains dit avec surprise à son compagnon : Holà, ho! camarade, nous faisons les choses avec bien de la précipitation; je crois, Dieu me pardonne, que nous nous sommes trompés : le drôle que nous poursuivons n'a point de pouce à la main gauche, et il ne manque pas un doigt à celui-ci. L’autre archer sur cela s’avisa de tirer de sa poche leurs instructions, et de les lire à haute voix : le voleur après lequel ilscouroient y étoit peint d'une façon qui ne s’accordoil point avec ma figure; outre qu’il y étoit marqué qu’il lui manquoit un pouce, il étoit dit qu'il avoit dix-neuf à vingt ans, et des cheveux noirs et longs qui lui tomboient sur le dos en queue de cheval ; au lieu qu’on ne pouvoit me donner tout au plus que quatorze ans, et que j’avois des cheveux très courts, roux et crêpés. Ils virent bien qu’ils avoient fait un quiproquo; ils nous délièrent, prirent pour leurs vacations quelques réaux que l'ànier avoit dans sa poche, nous firent des excuses en nous riant au nez, et remontèrent sur leurs mules, laissant les battus tout roués de coups, principalement mon ami l’ànier, dont les épaules épaisses et robustes avoient été moins ménagées que les miennes : en récompense, j’avois la bouche pleine de sang, et les dents ébranlées des coups de poing que j’avois reçus.

Cela ne nous empêcha pourtant pas de nous remettre sur nos ânes et de continuer notre route, mais aussi

Gimnnn

Page 1