LIVRE VI, Cil A P. A*. Oyj
suivit- il, que nous nous préparons à exécuter notre entreprise. ïSous avons des armes cachées; toutes nos mesures sont prises , et nous sommes un grand nombre de gens, tant Turcs (pie chrétiens, qui avons résolu de nous sauver ou de périr tous ensemble. On n’exige de vous qu’une chose; c’est de mettre le feu aux poudres, si par malheur vous remarquez que nous ne soyons pas les plus forts. Tel est notre complot. Après le châtiment inhumain que le capitaine vous a fait souffrir, nous avons cru que vous 11e refuseriez pas de vous joindre à nous. »
Je répondis au Turc qu’on avoit eu raison de présumer qu'il n’y avoit rien que je 11e lusse capable de faire pour me venger du capitaine, et qu’il pouvoit assurer de ma part tous les conjurés que je ferois ce qu'ils attendoient de moi. J'avois cependant une autre pensée. Lorsque |e vis approcher la journée de l’exétion du projet, je dis un matin à un soldat, qui vint par hasard auprès de moi, d’aller dire au capitaine que j’avois un secret de la dernière conséquence à lui révéler. Mais, ajoutai -je, dites-lui qu'il m’envoie chercher tout à l'heure; que la chose presse, et qu'il y va même de sa vie. Le capitaine reçut l’avis que je lui faisois donner comme un artifice dont je me servois pour regagner ses bonnes grâces, et tâcher de rentrer au service de son neveu; et s’il voulut bien m’entendre, ce 11e fut que pour me faire encore maltraiter, si ce que j'avois à lui dire 11e méritoit point qu’il m’écoutât, il 111e (il donc appeler, et je lui découvris tout. Je lui indiquai l’endroit où étoient les armes, et lui nommai les principaux auteurs du complot, à la tète desquels Guzman.
je n’oui)liai pas de placer mon bon ami Soto, à qui je me croyois redevable des coups de latte qui m’avoient été donnés avec si peu de justice.
Le capitaine, après avoir ouï mon rapport, qu'il ne jugea pas indigne de son attention, lit mettre sous les armes fort prudemment tous les soldats le long de la galère. S’étant parce moyen, rendu maître des conjurés, il commença par faire visiter les endroits où je lui avois dit que leurs armes étoient. cachées. Il les y trouva; et ne pouvant plus douter de la vérité de la conjuration, il ordonna qu’on se saisît des chefs, à qui les tourments firent tout avouer. Soto fut mis en quatre quartiers par quatre galères, aussi-bien qu un de ses camarades. On décima les autres, dont deux furent pendus, et on coupa le nez à tout le reste. Soto, avant sa mort, confessa que c’etoit lui qui avoit conseillé de cacher l’assiette et volé le cordon du chevalier.
Lorsque les conjurés eurent été punis, le capitaine fît l’éloge de mon zèle et de ma fidélité, il ne pouvoit assez admirer le généreux sentiment qui m’avoit fait sacrifier le plaisir de la vengeance au service du roi. Ensuite il me demanda publiquement pardon de son injustice; et m’ayant lui-mème ôté mes fers, il me dit que j’étois libre, et que je sortirois de la galère aussitôt qu’il auroit reçu de la cour une réponse à la lettre qu’il y alloit écrire pour en obtenir ma liberté. Il écrivit effectivement en ma faveur, et lit signer sa lettre par tous les officiers, qui lurent bien aises de me marquer par là qu’il sentoient vivement l'obligation qu’ils m’avoient. Je rendis mille et mille grâces an ciel de l'occasion qu’il m’avoit donnée de me tirer de l'état déplo-