‹ Œuvres de Le Sage (volume 5)Chapitre 57 sur 322 · Vil F. I, CM A P. I V. iad · texte numérisé non relu

Vil F. I, CM A P. I V. iad

toutefois il y avoit clans celte bizarre mascarade un je ne sais quoi qui la ravissoit. Elle (il a sa lettre une réponse qu elle remit à l'adroite Eaida, qui sul si bien prendre son temps, qu’elle la rendit sans (pie personne s’en aperçût. En commencement si heureux donna du goût au seigneur Ambroise pour le métier de maçon. Effectivement, Daraxa se tint presque tout le jour à sa fenêtre pour le voir passer et repasser; de sorte qu’en allant et en revenant, c’étoit toujours quelques petits signes qui avoient mille charmes pour deux amants si délicats.

Ees choses demeurèrent quelques jours dans cette situation; don Louis ne manquoit pas tous les soirs d’aller exciter par sa présence les ouvriers à travailler, et il remarquoit qu’Ambroise étoit celui de tous qui s’epargnoit le moins. 11 conçut de l'affection pour lui à cause de cela; et croyant qu’il en feroit un bon valet, il s'approcha du maître maçon pour lui demander qui lui avoit donné ce manœuvre. Un artisan de la ville me l’a amené, répondit le maître, et j’en suis trèscontent. Sur ce témoignage, le marquis tirant à part Ambroise, auquel il n’avoit point encore parlé, l'interrogea pour savoir d'où il étoit. Notre manœuvre lui répondit de l'air le plus grossier qu’il put affecter, (pi il étoit Aragonois d’origine, et lui fit une histoire qui ne démentoit point celle qu’Orviedo avoit déjà faite au maître maçon. Don Louis y trouva beaucoup de vraisemblance, et il lui sembla même que ce garçon avoit pris l'accent de ce pays-là. Qui étoit votre patron à Grenade, lui demanda-t-il encore? et à quoi vous einployoit-il? Seigneur, repartit Ambroise, j’y servois

un gros marchand qui avoit un fort beau jardin, et j’avois soin de ses fleurs. Vous savez donc cultiver les fleurs, s’écria le marquis? j'en suis ravi. J’ai besoin d'un homme pour les miennes, et il y a plus de trois mois que j’en fais chercher un, attendu que mon jardinier ne s’entend point à cela : ainsi, mon ami, je vous donnerai de bons gages si vous voulez me servir, et j’aurai soin de votre fortune , pourvu que vous soyez fidèle, et que vous remplissiez votre devoir avec exactitude.

A ces mots, notre feint Aragonois témoigna par des démonstrations, plutôt que par des paroles, qu il étoit très sensible aux bontés de ce seigneur, et qu’il s’attacheroit à les mériter par sa bonne volonté. Cette affaire fut bientôt conclue, et don Louis dit à son nouveau domestique : Vous n’avez qu’à quitter votre tablier et prendre congé de votre maître; venez ici demain, et l’on vous fournira tout ce qui sera nécessaire pour la culture de mes fleurs.

Ambroise n’est donc plus maçon; il est jardinier du marquis de Padilla, qui ne le vit pas plus tôt arriver le jour suivant, qu’il se mit à lui prescrire la conduite qu’il avoit à tenir pour demeurer long-temps dans sa maison. Il s’étendit particulièrement sur le respect infini qu’il lui recommandoit d’avoir pour les dames, et sur le soin qu’il de voit prendre d’éviter tout commerce avec les femmes de service. Il appuya d’autant plus sur cet article, qu’il trou voit ce garçon bien fait de sa personne, malgré les mauvais airs qu’il affectoit de se donner.

Le patron, après toutes ces leçons qui ne faisoienl

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