LIVRE I, CHAI». IX. 1 3 r
les affaires îles amants. Don Vlonse, pour son argent, ne lui demaniloil qu'un service; e’étoil de lui procurer par quelque stratagème le plaisir de parlera Daraxa. Clarice lui promit des merveilles; et, sans que cela fui nécessaire, elle lui lit confidence des amours <1 lilvire avec don Javmé Vives, qui de seigneur aragonois s'étoil fait jardinier par un excès de passion pour elle.
Cette histoire, que don Alonse écouta île toutes ses oreilles, l’étonna : il en voulut savoir toutes les circonstances. Clarice les lui apprit , à la réserve de celles qu'elle ignoroit. Ainsi elle ne put lui dire la part que la belle Maure avoità cette aventure. Zuniga chcrchoif en vain dans son esprit quel homme c etoit que ce don Javmé Vives, dont il n'avoit jamais entendu parler à la cour non plus qu'à l'année. Il souhaitoit de le connoitre, pour agir de concert avec lui et Faire la partie carrée, puisqu ils avoient tous deux leurs maîtresses dans la même maison. Cette pensée fut la cause d’une infinité d’autres. Il se reprochoit de n’avoir pas autant d’adresse que don Jaymé, pour s’introduire aussi chez don Louis sous quelque forme qui put lui donner occasion d’entretenir quelquefois Daraxa. Il s’échauffoit sur cela l’imagination , et rouloit dans sa tête mille desseins qui le divertissoient.
Revenons à nos dames. La fille du marquis de Padilia, persuadée qu’on ne s’aimoit pas pour nourrir son amour d’éternels soupirs, et qu’il y avoit un terme à toutes les choses du monde, prit la résolution de s’unir avec son cher don Jaymé , qui lui paroissoit si digne de la posséder; mais elle sentoit quelque peine à f.fire ellemême cette proposition : c’étoit une démarche qui blés-
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soit trop la bienséance pour la hasarder. Elle fil réflexion qu’il valoit mieux se servir pour cela de l’entremise de son amie, dont elle se eroyoit assez aimée pour attendre d'elle un pareil service. Elle s’adressa donc à la belle M aure, et la pria, dans les termes les plus forts, de vouloir bien se charger de la commission.
Daraxa ne put apprendre qu’Elvire avoit dessein de se faire enlever , et méditoit un mariage clandestin , sans être violemment émue : néanmoins, s’étant remise de son trouble, elle dit à son amie : Je suis disposée à faire ce que vous souhaitez; mais avant que je parle à don Jaymé, je ne puis, sans trahir notre amitié, me dispenser de vous demander si vous avez fait toutes vos réflexions sur ce que vous osez entreprendre ? Non , non, ajouta-t-elle, vous n’avez pas songé sans doute à tous les malheurs où vous allez vous jeter : souffrez que je vous représente ce que vous devez à votre famille et à vous-même. Vous voulez vous livrer à un homme dont vous ne connoissez ni le bien ni la naissance. Pouvezvous prudemment vous y fier jusqu’à lui faire des avances qui ne conviennent point du tout à une fille de qualité? et si par malheur, ce qui n’est pas impossible, elles n’étoient pas reçues de la façon que vous le désirez , quelle boute et quels regrets ne suivraient point cette démarche indiscrète?
Quoique ces remontrances fussent très judicieuses, la fille de don Louis ne les écouta qu’avec chagrin; et ne pouvant les combattre par de bonnes raisons, elle répondit en fille qui avoit pris son parti, que l'excès de son amour ne lui permettoit pas de suivre d’autres conseils que ceux de son cœur. Quand Daraxa eut perdu