LIVRE I, CH AP. IX
que le ciel lui oflroil de se venger du séducteur de s;» tille. H fit appeler le bailli pour I exciter à poursuivre chaudement cette alfaire. Il 1 assura de sa protection, de son crédit et de sa bourse. Il lui conseilla d’aller dès le lendemain à Séville se jeter aux pieds de messieurs de la justice avec tous les parents des morts et des blessés : ce que le bailli résolut de l’aire, effectivement, il conduisit à la ville, le jour suivant, son prisonnier escorté des archers et des paysans les plus résolus du bourg. Quand le peuple tic Séville le vil arriver, et qu’il sut de quoi il s’agissoit, il s’échauffa, et 1 on n’eut pas peu de peine à sauver de sa fureur le malheureux Maure , dont il demandent à haute voix la mort. Outre cela, don Louis retourna dès le même jour à la ville, ou d eroyoit sa présence nécessaire pour engager les juges à condamner un homme dont il avoit juré la perte.
D un autre côté, don Alonse se trouvoit si ma! de ses blessures, qu'à peine pouvoit-il se tenir à cheval, outre qu il n avoit pas encore assez de gens pour entreprendre par la force de délivrer son ami. Ainsi, réduit à solliciter pour lui, il alloit supplier chaque juge de considérer qu’on ne pouvoit , sans injustice, ôter la vie a un homme qui n avoit fait que se défendre contre des assassins. Mais tous les juges lui disoient qu il devoit se contenter qu ils fissent à son égard les aveugles et les sourds; que le sang qui avoit été répandu demandoit justice; et que s'il doit lui -meme à la place du prisonnier, ils ne pourraient le tirer d’affaire. La mort d’Ozmin paroissoit donc inévitable et prochaine; cependant , malgré toutes les mesures que Guzman. 1 1
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don Louis pouvoit prendre pour la hâter, elle fut suspendue par un incident auquel ce seigneur ne s'étoit nullement attendu. Il reçut un courrier que la reine lui dépêcha. Cette princesse lui mandoitla prise de la ville de Grenade, et lui ordonnoit de partir incessamment luimême avec Daraxa; que le père de cette dame souhaitoit passionnément de la revoir; que ce seigneur maure étoit dans la résolution de se faire chrétien, et qu’on espéroit que sa fille se détermineroit à suivre son exemple.
Il y avoit aussi un paquet pour Daraxa; mais le marquis se garda bien de le lui remettre. Il 11e jugea pas à propos non plus de lui parler des nouvelles que le sien contenoit, de peur qu'impatiente de retourner auprès de ses parents, elle 11e l'obligeât à partir dès le lendemain avec elle pour Grenade; il vouloit auparavant voir finir le procès de don Jaymé par une sentence de mort, et assister même à l’exécution avant son départ. Pour cet effet, il redoubla ses efforts et ses sollicitations, ou plutôt il obséda si bien les juges, qu’ils condamnèrent Ozinin, deux jours après, à avoir la tête tranchée, sous le nom de don Jaymé, gentilhomme aragonois.
Zuniga fut averti des premiers de ce sévère jugement; il trouva moyen de le faire savoir aux dames par un billet, et de les assurer qu'il périroit, lui et trois cents hommes qu’il avoit assemblés, plutôt que de souffrir une pareille injustice. Qui pourroit dire dans quelle affliction ce billet plongea la belle Maure? 1. idée du traitement ignominieux qu’011 préparoit à son cher Ozmin, lui troubla peu à peu l’esprit. Elle entra dans un vif désespoir, alla chercher don Louis; et, le ren-