LIVRE II, CH AP. T. J
veaux cl tant de maravédis; cl j’ajoutois à cela <1 un air gracieux : / ha gales bitc/i provecho, compliment ordinaire qu'on lait à la fin des comptes, et qui me valoit toujours quelque chose. Tu t'imagines bien que nous demandions à ces passagers une fois plus qu ils ne dévoient, malgré les règlements de police qu il y avoil ladessus : e'étoit de quoi notre maître ne se soueioit guère; quoupi ils fussent affichés en divers endroits de la mairan, il suffisoit de les avoir et d’en payer exactement les droits à l aleade et au greffier, pour être dispense de les observer.
Tes habiles voyageurs, qui n ignoraient pas celte pratique, donnoient sans dire mot ce qu’on leur demandoit ; mais ceux qui n’en ctoient pas instruits s’avisoient souvent de faire du bruit et de vouloir compter avec l hète. Alors ils tomboient de fièvre en chaud mal; notre maître, en faisant un nouveau compte, augmentoit , île peur de se méprendre , le prix de chaque chose; et quand une lois il avoit taxé l’écot a une certaine somme, e’étoit une sentence sans appel, il falloit délier la bourse. Malheur à un passager qui, croyant tirer meilleur parti des hôteliers d’Tspagne, les menace et fait le méchant avec eux! Comme ils sont presque tous officiers de la sainte Ilermandad, ils le font arrêter au premier bourg ou village par oîi il doit passer; ils 1 accusent d avoir eu dessein de brûler leur maison, de les avoir frappés , ou d avoir viole leurs femmes ou leurs filles, et il est trop heureux quand il peut sortir d’affaire en payant doublement son écot et en demandant pardon à son bote.
INous avions aussi dans notre hôtellerie de jolies scr-
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vantes; mais il étoit dangereux de s’y amuser. Il étoit bon encore d’avoir l’esprit présent quand on sortoitde cette maison; car tout ce qu’on y pouvoit oublier étoit autant de perdu. Que de friponneries! que d'infamies ! <[ue de méchancetés se commettent dans ces lieux-là ! L’on n’y craint nullement Dieu, et l’on s'y accommode avec les gens de justice. Dès qu’on est hôtelier , il semble qu on ait permission de tout faire, et un pouvoir absolu sur le bien ainsi que sur la personne de ceux qui sont obligés de s’y arrêter.