LIVRE IX, CH AP. \ f. 9.3 c
tées, répliqua la soubrette, ne sont-elles pas fort louchantes? C'est à c[uoi , repartit la dame, je n’ai lait aucune attention. Je ne me suis attachée qu’au chant. Je n’ai nullement pris garde aux vers, ni ne me soucie guère de savoir qui m’a donné cette sérénade. Sur ce pied-là, s'écria la suivante, le pauvre don Gaston de Cogollos est très éloigné de son compte, et bien fou de passer son temps à regarder nos jalousies. Ce u’est peut-être pas lui , dit la maîtresse d'un air froid; c’est quelque autre cavalier qui vient par ce concert de me déclarer sa passion : vous êtes dans l’erreur. Pardonnezmoi, répondit Félicia , c’est don Gaston lui - même, à telles enseignes qu'il m'a ce matin abordée dans la rue; il m’a même priée de vous dire de sa part qu’il vous adore, malgré les rigueurs dont vous payez sou amour; et qu'enfm il s’estimeroit le plus heureux de tous les hommes, si vous lui permettiez de vous marquer sa tendresse par ses soins et par des fêtes galantes. Ces discours , poursuivit-elle, vous prouvent assez que je ne me trompe pas.
La (ille de don Georges changea tout à coup de visage, et, regardant sa suivante d'un air sévère : Vous auriez bien pu, lui dit-elle, vous passer de me rapporter cet impertinent entretien. Qu’il ne vous arrive plus, s il vous plaît, de me venir faire de pareils rapports; et, si ce jeune téméraire ose encore vous parler, je vous ordonne de lui dire qu’il s’adresse à une personne qui lasse plus de cas de ses galanteries, et qu’il choisisse un plus honnête passe-temps que celui d’être mute la journée a ses fenêtres, à observer ce que je • aïs dans mon appartement.
a4o GIL BLAS.
Tout cela me fut fidèlement détaille dans une seconde entrevue par Félicia, qui, prétendant qu’il ne falloit pas prendre au pied de la lettre les paroles de sa maîtresse, vouloit me persuader que mes affaires alloient le mieux du monde. Pour moi, qui n’y entendois pas finesse, et qui ne croyois pas qu’on pût expliquer le texte en ma faveur, je me défiois des commentaires qu’elle me faisoit. Elle se moqua de ma défiance , demanda du papier et de l’encre à son amie, et me dit : Seigneur chevalier, écrivez tout à l'heure à dona Helcna en amant désespéré. Peignez -lui vivement vos souffrances, et surtout plaignez- vous de la défense qu’elle vous fait de paroître à vos fenêtres. Promettez d’obéir; mais assurez qu’il vous en coûtera la vie. Tournez-moi cela comme vous le savez si bien faire vous autres cavaliers; et je me charge du reste. J’espère que l’événement fera plus d’honneur que vous n’en faites à ma pénétration.
J’aurois été le premier amant qui, trouvant une si belle occasion d’écrire à sa maîtresse , n’en eût pas profité. Je composai une lettre des plus pathétiques. Avant que de la plier, je la montrai à Félicia, qui sourit après l’avoir lue, et me dit que si les femmes savoient l’art d’entêter les hommes, en récompense les hommes n’ignoroient pas celui d’enjôler les femmes. La soubrette prit mon billet, en m’assurant qu’il ne tiendroit pas à elle qu'il ne produisît un bon effet; puis , m’ayant recommandé d’avoir soin que mes fenêtres fussent fermées pendant, quelques jours , elle retourna chez don Georges.
Madame, dit -elle en arrivant à dona Helena, j’ai