LIVRE IX, CH A P. VI
le trouvant plus agréable que le sien. Combados étoit bien fait. Il paroissoit doux et poli, et il avoit l’esprit du monde le plus insinuant. 11 eut bientôt fait connoissance avec tous les honnêtes gens de la ville, et sut toutes les affaires des uns et des autres.
Il n’ignora pas long-temps que don Georges avoit une fille dont la beauté dangereuse sembloit n 'enflammer les hommes que pour leur malheur. Cela piqua sa curiosité; il eut envie de voir une dame si redoutable. Il rechercha pour cet effet l’amitié de son père, et sut si bien la gagner, que le vieillard, le regardant déjà comme un gendre, lui donna l’entrée de sa maison, et la liberté de parler en sa présence à dona Helena. Le Galicien ne tarda guère à devenir amoureux d’elle : c’étoit un sort inévitable. 11 ouvrit son cœur à don Georges, qui lui dit qu’il agréoit sa recherche; mais que ne voulant pas contraindre sa fille , il la laissoit maîtresse de sa main. Là-dessus don Rlas mit en usage toutes les galanteries dont il put s’aviser pour plaire à cette dame, qui n’y fut aucunement sensible, tant elle étoit occupée de moi. Félicia étoit pourtant dans les intérêts du cavalier, qui l’avoit engagée par des présents à servir son amour. File y employoit toute son adresse. D’un autre côté, le père secondoit la suivante par des remontrances; et néanmoins ils ne firent tous deux, pendant une année entière, que tourmenter dona Helena, sans pouvoir me la rendre infidèle.
Combados, voyant que don Georges et Félicia s intéressoient en vain pour lui, leur proposa un expédient pour vaincre l’opiniâtreté d’une amante si prévenue. Voici, leur dit-il, ce que j’ai imaginé. Nous supposerons
qu’un marchand de Coria vient de recevoir une lettre d’un négociant italien, dans laquelle, après un détail de choses qui concerneront le commerce, on lira les paroles suivantes : // est arrivé depuis peu a la cour de Parme un cavalier espagnol nommé don Gaston de ('ogollos. Il se dit neveu et unique héritier d’ une riche veuve qui demeure d Coria sous le nom de doua Eléonor de Laxarilla. Il recherche la Ji/le d’un puissant seigneur., mais on ne veut pas la lui accorder qu’on ne soit informé de la vérité. Je suis chargé de m’adresser a vous pour cela. Mandez-moi donc , je vous prie , si vous connaissez ce don Gaston , et en quoi consistent les biens de sa tante. V otre réponse décidera de ce mariage. A Parme , ce, etc.
Cette fourberie ne parut au vieillard qu’un jeu d'esprit, qu’une ruse pardonnable aux amants; et la soubrette, encore moins scrupuleuse que le bon homme, l’approuva fort. L’invention leur sembla d’autant meilleure, qu'ils connoissoient Hélène pour une fille fière et capable de prendre son parti sur-le-champ, pourvu qu’elle n’eut aucun soupçon de la supercherie. Don Georges se chargea de lui annoncer lui-même mon changement, et, pour rendre la chose encore plus naturelle, de lui faire parler au marchand qui auroit reçu de Parme la prétendue lettre. Ils exécutèrent ce projet comme ils l'avoient formé. Le père, avec une émotion, oii il y avoit en apparence de la colère et du dépit , dit à doua Helena : Ma fille, je ne vous dirai plus que nos parents me prient tous les jours de ne permettre jamais que le meurtrier de don Augustin entre dans