LIVRE X, Cil AP. I
uc pensez. Il ne 111 a scrv'i de rien de publier un livre contre le brigandage de la médecine 1 ; au contraire, il augmente de jour en jour. Les chirurgiens, dont la rage est de vouloir l’aire les médecins, se croient capables de l’être, dès qu’il 11e faut que donner du kermès et de 1 emétique, à quoi ils joignent des saignées du pied a leur fantaisie. Ils vont même jusqu’à mêler le kennes dans les apozèmes et les potions cordiales, et les voila de pair avec les grands faiseurs en médecine. Cette contagion se répand jusque dans les cloîtres. Il y a parmi les moines des frères qui sont tout ensemble apothicaires et chirurgiens. Ces singes de médecins s'appliquent à la chimie , et font des drogues pernicieuses avec lesquelles ils abrègent la vie de leurs révérends pères. Enfin il y a dans Yalladolid plus de soixante monastères, tant d’hommes que de filles: jugez du ravage qu’y fait le kermès, avec l'émétique et la saignée du pied! Seigneur Sangrado, lui dis-je alors, vous avez bien raison d’être en colère contre ces empoisonneurs; je gémis avec vous, et partage vos alarmes sur la vie des hommes, manifestement menacée par une méthode si différente de la vôtre. Je crains fort que la chimie 11’occasionne un jour la perte de la médecine, comme la fausse monnoie cause la ruine des états. Fasse le ciel que ce jour fatal 11e soit pas près d arriver!
Dans cet endroit de notre conversation , nous vîmes paroître une vieille servante qui apportait au docteur une soucoupe sur laquelle d y avoit un petit pain mol-
1 f c brigandage de la médecine etoit précisément le titre d un ouvrage du médecin Hecquet, publié à Paris en iy32 , 2 parties in-12, trois ans avant l’édition des trois derniers livres de Gil Blas , en 1735.
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let, un verre avec deux carafes, dont l'une étoit pleine d’eau et l’autre de vin. Après qu’il eut mangé uri morceau, il but un coup, ou il y avoit à la vérité les trois quarts d’eau ; mais cela ne le sauva point des reproches qu’il me donnoit sujet de lui faire. Ah! ah! lui dis-je, monsieur le docteur, je vous prends sur le fait. Vous buvez du vin, vous qui vous êtes toujours déclaré contre cette boisson, vous qui pendant les trois quarts de votre vie n’avez bu que de l’eau, et qui êtes cause que depuis dix ans je n’ai pas bu une goutte de vin ! Depuis quand êtes-vous devenu si contraire à vous-même? Vous ne sauriez vous excuser sur votre âge , puisque , dans un endroit de vos écrits, vous définissez la vieillesse comme une phthisie naturelle qui nous dessèche et nous consume; que, sur cette définition, vous déplorez l’ignorance des personnes qui appellent le vin le lait des vieillards. Que direz-vous donc pour vous justifier?
Vous me faites la guerre bien injustement , me répondit le vieux médecin. Si je buvoisdu vin pur, vous auriez raison de inc regarder comme un infidèle observateur de ma propre méthode ; mais vous voyez que mon vin est bien trempé. Autre contradiction , lui répliquai-je, mon cher maître; souvenez-vous que vous trouviez mauvais que le chanoine Sédillo bût du vin, quoiqu’il y mêlât beaucoup d’eau. Avouez de bonne grâce que vous avez reconnu votre erreur, et que le vin n’est pas une funeste liqueur r, comme vous l’avez
'Nouvelle allusion précise au médecin Hecquet, qui avoit publié un Traité étendu sur les 'vertus de l’eau commune, comme nous t’avons déjà dit dans les notes du livre ix, chapitres uct ni