LIVRE X, Cil A P
sic z un si mauvais cœur. \ otre arrivée a Oviedo justifie |;l bonne opinion que nous avions de vous, et la douleur dont je vous vois saisi achève de faire votre apologie.
Vous jugez de moi trop favorablement, lui répliquai-je; il y a du vrai dans le rapport, du jeune Muscada. Lorsqu’il vint me voir, je n'étois occupe que de ma fortune; et l’ambition qui me dominoit ne me permettait guère de penser à mes parents. Il ne faut donc pas s’étonner si dans cette disposition je lis un accueil peu gracieux à un homme qui, m’abordant d’un air grossier, médit brutalement qu ayant appris que j elois plus riche qu'un juif, il venoit me conseiller de vous envoyer de l’argent, attendu que vous en aviez grand besoin ; il me reprocha même dans des termes peu mesurés mon indifférence pour ma lannlle. Je fus choqué de sa franchise, et, perdant patience, je le poussai par les épaules hors de mon cabinet. Je conviens que j’eus tort dans cette rencontre; j’au rois du faire réllexion que ce n'étoit pas votre faute si l’épicier manquoit de politesse, et que son conseil ne laissoit pas d’être bon à suivre, quoiqu’il eut été donné malhonnêtement.
( . est ce que je inc représentai un moment après que j'eus chassé Muscada. Malgré la colère qui me dominoit, la voix du sang se fit entendre; je me rappelai tous mes devoirs envers mes parents; et, rougissant de honte de les remplir si mal, je sentis des remords dont je ne puis néanmoins me faire honneur auprès île vous, puisqu’ils furent bientôt étouffes par l’avarice et par l'ambition. Mais dans la suite, ayant été enfermé
par ordre du roi dans la tour de Ségovie, j'y tombai dangereusement malade; et c’est cette heureuse maladie qui vous a rendu votre fils. Oui, c’est ma maladie et ma prison qui ont fait reprendre à la nature tous ses droits, et qui m’ont entièrement détaché de la cour. Je suis revenu de cette vie tumultueuse, je ne respire plus que la solitude, et je ne suis venu aux Asturies que pour vous prier de vouloir bien partager avec moi les douceurs d’une vie retirée. Si vous ne rejetez pas ma prière, je vous conduirai à une terre que j’ai dans le royaume de Valence, et nous vivrons là très commodément. Arous jugez bien que je me proposois d’y mener aussi mon père; mais puisque le ciel en a ordonné autrement, que j’aie du moins la satisfaction fie posséder chez moi ma mère, et de pouvoir réparer par toutes les attentions imaginables le temps que j'ai passe sans lui être utile.
Je vous sais très bon tiré de vos louables intentions, me dit alors ma mère, et je m’en irois avec vous sans balancer, si je n’y trouvois des difficultés. Je n’abandonnerai pas votre oncle mon frère dans l'état où il est, et je suis trop accoutumée à ce pays-ci pour m’en éloigner; cependant , comme la chose mérite d être mûrement examinée, je veux y rêver à loisir. Ne nous occupons présentement que du soin des funérailles de votre père. Cbargeons-en , lui dis-je, ce jeune homme que vous avez vu avec moi; c’est mon secrétaire; il a de l’esprit et du zèle; nous pouvons nous en reposer sur lui.
A peine eus- je prononcé ces paroles, que Scipion revint; il étoit déjà jour. Il nous demanda >i nous