‹ Œuvres de Le SageChapitre 135 sur 262 · LIV RE X, CHAP. III · texte numérisé non relu

LIV RE X, CHAP. III

Je 11e sais, lui dis-je, mon ami, quelle idée tu as de notre habitation; mais hi tu t'imagines que c’est une maison magnifique, une terre de grand seigneur, je t’avertis que tu le trompes furieusement.

Si tu veux nôtre ,pas la dupe de ton imagination , représente-toi la petite maison qu Horace avoit dans le pays des Sabins près de Tibur, et qui lui fut donnée par Mécénas Don Alphonse m’a fait à peu près le même présent. Tant pis, décria Scipion; je ne doTs donc m’attendre qu’à voir une chaumière. Ce n’en est pas tout-à-fail une, lui répondis-je, mais souviens-toi que je t’en ai toujours fait une description très modeste , et , dès ce moment , tu peux juger par toi- meme si j'en ai fait une fidèle peinture. Jette les yeux du côté du Guadalaviar, et regarde sur ses bords, auprès de ce hameau de neuf à dix feux , cette maison qui a quatre petits pavillons; c’est mon château.

Comment diable! dit alors mon secrétaire d’un ton de voix admiratif , c’est un bijou que cette maison. Outre 1 air de noblesse que lui donnent ses pavillons, on peut dire qu’elle est bien située, bien bâtie, et entourée de pays plus charmants que les environs même de Seville , appelés par excellence le paradis terrestre. Quand nous aurions choisi ce séjour, il ne

' Ce a’étoit pas si peu de chose que cette campagne d’Horace; mais il affecte de n’eu fane que des descriptions modestes. Voyez comme il commence une de ses satires.

C'étoieut la tous mes vœux ; uu modique domaine;

Un jardin arrose d’une pure fontaine;

Un bois de peu d’arpeuts. L’indulgence des dieux,

Me prodiguant ces liieus , a surpassé mes vœux.

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