LIVRE XI, Cil À P. VI
demeurerois ou non à la cour. /V présent que je sais bien à quoi m'eu tenir, tu peux partir pour Valence quand il te plaira, pour aller instruire ces seigneurs de ma situation présente, que je regarde comme leur ouvrage, puisqu'il est certain que sans eux je ne me serois jamais déterminé à taire le voyage de Madrid. Cela étant, s’écria le fils de la Coseolina, don César et. don Alphonse seront bientôt informés de 1 état présent de vos affaires. Que je vais leur causer de joie en leur racontant ce qui vous est arrivé! Que ne suis-je déjà aux portes de Valence! mais j’y serai en peu de jours. Les deux chevaux de don Alphonse sont tout prêts. Je vais me mettre en chemin avec un laquais de monseigneur. Outre que je serai bien aise d’avoir un compagnon sur la route, vous savez que la livrée d’un premier ministre jette de la poudre aux yeux.
Je ne pus m’empêcher de rire de la sotte vanité de mon secrétaire; et cependant, plus vain peut-être encore que lui, je le laissai faire ce qu’il voulut. Pars, lui dis-je, et reviens promptement; car j’ai une autre commission à te donner. Je veux t’envoyer aux Asturies porter de l'argent à ma mère. J’ai par négligence laissé passer le temps auquel j'ai promis de lui faire tenir cent pistoles, que tu t’es obligé de lui remettre toi-même en main propre. Ces sortes de paroles doivent être si sacrées pour un fils, que je me reproche mon peu d’exactitude à les garder. Vous avez raison, monsieur, me répondit Scipion, et je me sais mauvais gré de ne vous en avoir pas fait souvenir; mais patience, dans six semaines au plus tard, je vous rendrai compte rie ces deux commissions ; j’aurai parlé aux seigneurs
de Leyvq, tait un tour à votre château, eL revu la ville d'Oviedo, dont je ne puis nie rappeler le souvenir sans donner au diable les trois quarts et demi de ses habitants. Je comptai donc au fils de la Coscolina cent pistoles pour la pension de ma mère, avec cent autres pour lui, voulant qu’il lit gracieusement le long voyage qu'il nlloit entreprendre.
Quelques jours après son départ, monseigneur fit imprimer notre mémoire, qui ne fut pas plus tôt rendu public, qu’il devint le sujet de toutes les conversations de Madrid. Le peuple, ami de la nouveauté , fut charmé de cet écrit; l'épuisement des finances, qui étoit peint avec de vives couleurs, le révolta contre le duc de Lerme; et si les coups de griffe qu'y reeevoit ce ministre ne furent pas applaudis de tout le monde, du moins ils trouvèrent des approbateurs. Quant aux magnifiques promesses que le comte d’Olivarès y faisoit, et entre autres celle de fournir par une sage économie aux dépenses de l’état , sans incommoder les sujets, elles éblouirent les citoyens en général, et les confirmèrent dans la grande opinion qu’ils avoient déjà de ses lumières : si bien que toute la ville retentit de ses louanges.
Ce ministre, ravi de se voir parvenu à son but, qui n’avoit été, dans cet ouvrage, que de s’attirer l'affection publique, voulut la mériter véritablement par une action louable et qui fut utile au roi. Pour cet effet, il eut recours à 1 invention de l’empereur Galba, c'est-àdire qu'il fit rendre gorge aux particuliers qui s’étoient enrichis, Dieu sait comment, dans les régies royales G
1 Galba, successeur (le Néron, crut qu’il par viendroit à remplir ! • trésor épuisé, en ordonnant une recherche des folles prodigalités