‹ Œuvres de Le SageChapitre 196 sur 262 · LIVRE XI, CFI AP. \ I. 4 iy · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CFI AP. \ I. 4 iy

Ouaiul il ont tire de ces sangsues le sang qu’elles avoientsucé, et qu'il en eut rempli les coffres du roi, il entreprit de ly conserver, eu taisant supprimer toutes les pensions, sans en excepter la sienne, aussi-bien que les gratifications qui se faisoient des deniers du prince. Pour réussir dans ce dessein, qu d nepouvoit exécuter sans changer la face du gouvernement, il me chargea de composer un nouveau mémoire dont il me dit la substance et la forme. Lnsuite il me recommanda de ni élever autant qu il me seroit possible au-dessus de la simplicité ordinaire de mon style , pour donner plus de noblesse a mes phrases. Cela suffit, monseigneur, lui dis-je; \otre excellence veut du sublime et du lumineux, elle en aura. Je m'enfermai dans le même cabinet oh j avojs déjà travaille; et là je me mis à I ouvrage , après avoir invoque le génie éloquent de l’archevêque de Grenade.

Je débutai par représenter qu’il falloit garder avec

de son prédécesseur. Leur montant s’élevoit à je ne sais combien de millions semés panni les débauchés , les farceurs, les ministres des plaisirs de Néron. Galba les fit tous assigner, ne voulant leur laisser <jue le dixième de leur proie; mais ils n’avoient plus rien. Galba les trouvant insolvables , étendit la recherche sur les acheteurs mêmes qui avoient acquis d eux. Les acquereurs de bonne foi furent inquiétés, et beaucoup de fortunes furent bouleversées. Cet expédient de Galba fut moins un remède qu’un mal. Le Sage en avoit vu des exemples en l' rance , dans les chambres ardentes , qui n’avoient pas mieux réussi. Cependant il en fait l’éloge. Il avoit un fonds de rancune contre les financiers; et quand il a occasion de reparler de ces sangsues, on retrouve le ton et les couleurs de Turcaret, de ce chefd œuvre singulier qui prouve que Le Sage connoissoit à fond les mystères de la haute et basse maltôte, et qu’il avoit été à portée n étudier tous les moyens dont certaines gens se servoient pour s'enrichir, Dieu sait comment, dans les régies royales.

soin tout l’argent qui étoit clans le trésor royal, et qu’il ne devoit être employé qu’aux seuls besoins de la monarcliie , comme étant un fonds sacré qu’il étoit à propos de réserver pour tenir en respect les ennemis de l’Espagne. Ensuite je faisois voir au monarque, car c’étoit à lui que s’adressoit le mémoire, qu’en otant toutes les pensions et les gratifications qui se prenoient sur ses revenus ordinaires, il 11e se priveroit point pour cela du plaisir de récompenser ceux de ses sujets qui se rendraient dignes de ses grâces, puisque, sans toucher à son trésor, il étoit en état de leur donner de grandes récompenses : qu’il avoit pour les uns des vice-royautés, des gouvernements, des ordres de chevalerie, des emplois militaires; pour les autres, des commanderies ou des pensions dessus, des titres avec des magistratures; et enfin toutes sortes de bénéfices pour les personnes consacrées au culte des autels.

Ce mémoire, qui étoit beaucoup plus long que le premier, m’occupa près de trois jours; mais heureusement je le fis à la fantaisie de mon maître, qui, le trouvant écritavee emphase et farci de métaphores, m’accabla de louanges. Je suis bien content de cela, me dit-il en inc montrant les endroits les plus enflés; voilà des expressions marquées au bon coin. Courage, mon ami, je prévois que tu me seras d’une grande utilité. Cependant, malgré les applaudissements qu’il me prodigua, il 11e laissa pas de retoucher le mémoire. Il y mit beaucoup du sien, et lit une pièce d’éloquence qui charma le roi et toute la cour. La ville y joignit son approbation, augura bien pour l’avenir, et se flatta que la monarchie reprendroit son ancien lustre sous le ministère

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