‹ Œuvres de Le SageChapitre 204 sur 262 · LIVRE XI, CH AP. IX. 46 x · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CH AP. IX. 46 x

Quelle perte pour un père qui n’avoit, pour ainsi dire, des yeux (pic pour sa fille , et qui voyoit avorter par la le dessein d oter le droit d’aînesse à la brandie de Médina Sidonia! Il en lut si pénétré, qu'il s'enferma pendant quelques jours, et 11e voulut voir personne que moi, qui, me conformant à sa vive douleur, parus aussi touché que lui. Il faut dire la vérité, je me servis de cette occasion pour donner de nouvelles larmes à la mémoire d’Antonia. Le rapport que sa mort avoit avec celle de la marquise de Toral rouvrit une plaie mal fermée, et me mit si bien en train de m’affliger, que le ministre, tout accablé qu’il étoit de sa propre douleur, fut frappé de la mienne. Il étoit étonné de 111e voir entrer, comme je faisois, dans ses chagrins. Gil Blas, me dit-il un jour que je lui parus plongé dans une tristesse mortelle, c’est une assez douce consolation pour moi d'avoir un confident si sensible à mes peines. Ab ! monseigneur, lui répondis-je en lui faisant tout l’honneur de mon affliction, il faudroit que je fusse bien ingrat et d’un naturel bien dur, si je ne les sentois pas vivement. Puis-je penser que vous pleurez une fille d’un mérite accompli, et que vous aimiez si tendrement, sans mêler mes pleurs aux vôtres? Non, monseigneur, je suis trop plein de vos bontés, pour ne partager pas toute ma vie vos plaisirs et vos ennuis.

recueilli , discuté par les contemporains ; et Le Sage avoit à choisir dans les mémoires qui avoient paru à ce sujet en espagnol et en franeois.

Page 1