CHAPITRE XIII
Cil Blas rencontre chez le roi don Gaston de Cogollos et don André de Tordcsillas ; oii ils allèrent tous trois. Fin de l histoire de don Gaston et de don a : Hclena de Galisteo. Quel service Santi/lane rendit h Tordcsillas.
Encore îles combats. — Amants réunis. — Geôlier replacé. — Ser*
vice gratuit.
Je nageois dans la joie d’avoir si heureusement changé en vice-roi un gouverneur déplacé ; les seigneurs tic Leyva meme en étoient moins ravis que moi. J'eus bientôt encore une autre occasion d’employer mon crédit pour un ami; ce que je crois devoir rapporter, pour faire connoitre à mes lecteurs que je n'étois plus ce meme Gil lilas qui , sous le ministère précédent, vendoit les grâces de la cour.
J’étois un jour dans l’antichambre du roi, oit je m’entretenois avec des seigneurs qui, me connoissant pour un homme chéri du premier ministre, ne déclaignoient pas ma conversation. J’aperçus dans la foule don Gaston de Cogollos, ce prisonnier d’état que j’avois laissé dans la tour de Ségovie. Il étoitavec le châtelain don André de Tordésillas. Je quittai volontiers ma compagnie pour aller embrasser ces deux amis. S'ils furent étonnés de me revoir là, je le fus bien davantage de les y rencontrer. Après de vives accolades de part et d’autre, don Gaston me dit : Seigneur de Santillane,
nous avons bien des questions à nous faire mutuellement, et nous ne sommes pas ici dans un lieu commode pour cela : permettez que je vous emmène dans un endroit où, le seigneur Tordésillas et moi, nous serons bien aises d’avoir avec vous un long entretien. J’y consentis; nous fendîmes la presse , et nous sortîmes du palais. Nous trouvâmes le carrosse de don Gaston qui l’attendoit dans la rue; nous y montâmes tous trois, et nous nous rendîmes à la grande place du marché où se font les courses de taureaux. Là demeuroit Cogollos, dans un fort bel hôtel.
Seigneur Gil lilas, me dit don André lorsque nous fumes dans une salle magnifiquement meublée, il me semble qu’à votre départ de Ségovie vous baissiez la cour, et que vous étiez dans la résolution de vous en éloigner pour jamais. C’étoit en effet mon dessein, lui répondis -je; et tant qu’a vécu le feu roi, je n’ai pas changé de sentiment; mais quand j'ai su que le prince son fils étoit sur le trône, j’ai voulu voir si le nouveau monarque me reconnoîtroit. Il m’a reconnu, et j ai eu le bonheur d’en être reçu favorablement ; il m’a recommandé lui-même au premier ministre, qui m a pris en amitié, et avec qui je suis beaucoup mieux que je ne l’ai jamais été avec le duc de Lerme. Voilà, seigneur don André, ce que j’avois à vous apprendre. Et vous, dites-moi si vous êtes toujours châtelain de la tour de Ségovie ? Non vraiment, me répondit-il; le comte-duc en a mis un autre à ma place. Il m’a cru apparemment tout dévoué à son prédécesseur. Et moi, dit alors don Gaston, j’ai été mis en liberté par une raison contraire : le premier ministre n’a pas sitôt su que j’étois