‹ Œuvres de Le SageChapitre 214 sur 262 · LIVRE XJ., CH AP. XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XJ., CH AP. XIII

dans les prisons de Ségovie par ordre du duc de Lerine, qu’il m’en a fait sortir. Il s’agit à présent , seigneur ( j il lilas, de vous conter ce qui m’est arrivé depuis que je suis libre.

La première chose que je lis, poursuivit-il, après avoir remercié don André des attentions qu d avoit eues pour moi pendant ma prison, tut de me rendre à Madrid. Je me présentai devant le comte-duc d’Olivarès, qui me dit : Ne craignez pas que le malheur qui vous est survenu tasse le moindre tort à votre réputation ; vous clés pleinement justifié : je suis d autant plus assuré de votre innocence, que le marquis de Villaréal, dont on vous a soupçonné d'être complice, n'étoil pas coupable. Quoique Portugais, et parent meme du duc de Bragance, il est moins dans ses intérêts que dans ceux du roi mon maître. On n’a donc point dû vous faire un crime de votre liaison avec ce marquis; et , pour réparer l'injustice qu’on vous a faite en vous accusant de trahison, le roi vous donne une lieutenance dans sa garde espagnole. J acceptai cet emploi, en suppliant son excellence de me permettre, avant que d’entrer en exercice, d’aller a Coria pour y voir doua Éléonor de Laxarilla, ma tante. Le ministre m’accorda un mois pour faire ce voyage, et je partis accompagné d’un seul laquais.

Nous avions déjà passé Colménar, et nous étions engagés dans un chemin creux entre deux montagnes, quand nous aperçûmes un cavalier qui se défendoit vaillamment contre trois hommes qui 1 attaquoient tous ensemble. Je ne balançai point a le secourir; je me hâtai de le joindre, et je me* mis à son côté. Je remar-

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quai, en me battant, que nos ennemis étoient masqués, et que nous avions affaire à de vigoureux spadassins. Cependant, malgré leur lorce et leur adresse, nous demeurâmes vainqueurs : je perçai un des trois; il tomba de cheval, et les deux autres prirent la fuite à l’instant. Il est vrai que la victoire ne nous fut guère moins funeste qu’au malheureux que j’avois tué, puisque après l’action nous nous trouvâmes, mon compagnon et moi , dangereusement blessés. Mais représentez-vous quelle fut ma surprise , lorsque dans ce cavalier je reconnus Combados, le mari de doua Ilelena. Il ne fut pas moins étonné de voir que j’étois son défenseur. Ali ! don Gaston, s’écria-t-il, quoi! c’est vous qui venez me secourir? Quand vous avez si généreusement pris mon parti, vous ignoriez que c’étoit celui d’un homme qui vous a enlevé votre maîtresse. Je l’ignorois en effet, lui répondis-je ; mais quand je l’aurois su, pensez-vous que j’eusse balancé à faire ce que j’ai fait? Jugeriez-vous assez mal de moi pour me croire une âme si basse? Non, non, reprit-il, j’ai meilleure opinion de vous; et, si je meurs des blessures que je viens de recevoir, je souhaite que les vôtres ne vous empêchent point de profiter de ma mort. Combados , lui dis-je, quoique je n’aie pas encore oublié dona Helena, sachez que je ne désire point sa possession aux dépens de votre vie; je m’applaudis même d’avoir contribué à vous sauver des coups de trois assassins, puisqu’on cela j’ai fait une action agréable à votre épouse.

Pendant que nous nous parlions de cette sorte, mon laquais descendit de cheval ; et, s’étant approché du

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